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	<title>La vie avec mon père &#187; matoue</title>
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	<description>depuis juin 2009, papa s&#039;est joint à nous!</description>
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		<title>La vie avec mon père&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Sep 2007 16:03:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martyne</dc:creator>
				<category><![CDATA[La vie, la vie]]></category>
		<category><![CDATA[Viatique]]></category>
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		<description><![CDATA[Il a ce besoin d’indépendance depuis toujours. Et ce n’est pas la maladie qui l’empêchera, on le constate, de réclamer “sa” petite place, sa liberté. On s’attendait à ce qu’il veuille “vivre de ses propres ailes”, mais pas si tôt…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-medium wp-image-991" title="souper-de-famille" src="http://www.martyne.com/wp-content/uploads/2007/09/souper-de-famille-300x224.jpg" alt="souper-de-famille" width="300" height="224" /></p>
<p><span id="more-167"></span></p>
<p>C&#8217;est étrange. Je me sens comme si les dernières 20 années n&#8217;avaient jamais eu lieu ; comme si je n&#8217;étais encore qu&#8217;adolescente et que mon père, après une gaffe ou deux, pouvait m&#8217;envoyer dans ma chambre&#8230; Je m&#8217;entends encore crier &#8220;le souper est-y prêt ?&#8221;. Il nous regarde vivre et pose ses sages jugements de &#8220;moi, dans mon temps&#8230;&#8221; et ça me fait rigoler, parce que je dis exactement la même chose à l&#8217;Adulescent et à Benny-le-kid. J&#8217;entends les conversations, ça parle de polyvalente, d&#8217;amours naissantes et de permis de conduire. Exactement comme dans l&#8217;temps. À la différence que cette fois, ce n&#8217;est plus moi qui répond au paternel, ce sont mes enfants.</p>
<p>Et c&#8217;est lui qui demande si le souper est prêt.</p>
<p>Nous vivons de drôles de journées. Des journées parfois surprenantes, parfois pesantes, parfois drôles, parfois tristounettes, parfois émouvantes, toutes à la fois. Depuis son arrivée, nous avons, ma soeur et moi, une sorte de &#8220;garde partagée&#8221; de papa. Il passe un ou deux jours ici, puis passe un ou deux jours chez ma soeur, et nous le ramenons ici pour encore quelques jours, selon ses désirs, selon ses humeurs. Il s&#8217;acclimate bien de ses &#8220;vacances&#8221; et, on le voit clairement, fait des progrès fulgurants. Incroyables. Impensables. Probablement que toutes ces prises de conscience, que tous ces progrès étaient là, tapis dans l&#8217;ombre de sa volonté, et qu&#8217;il attendait la liberté pour les exposer au jour. Il a tellement eu d&#8217;améliorations notables depuis quelques semaines qu&#8217;il peut même se permettre, maintenant, quelques blagues sur son état, blagues auxquelles évidemment nous finissons tous par prendre. Quand il se rend dans ma chambre et me crie : &#8220;Matoue, j&#8217;ai fait pipi dans l&#8217;garde-robe&#8221;, que j&#8217;accoure vers lui avec une mine déconfite et qu&#8217;il finit par éclater de rire en disant : &#8220;Sti chus mêlé, mais pas tant que ça&#8221;, je le trouve, mmmm, disons, heu&#8230; comique ? Il fait des tests, il essaie de nous faire paniquer, et quand il réussit, il se frotte les mains de bonheur à être, enfin, redevenu <em>ratoureux</em>&#8230;</p>
<p>Mais il tourne en rond. Il a hâte d&#8217;être &#8220;chez lui&#8221;. Cette semaine, nous sommes allés ensemble visiter un appartement spécialisé. Avec surveillance, autrement dit. Pas un centre, pas une halte, pas un foyer, un appartement. Où il pourra entrer et sortir à sa guise, faire ses marches, caresser le chien de la maison, apporter ses oiseaux avec lui, écouter sa télé et placer ses affaires. Avec, au cas-où, une gentille dame et son charmant mari qui hébergent les papas comme le mien. Mêlé mais pas trop. Fatigué mais pas trop. Vieux mais pas trop. Indépendant mais pas trop.</p>
<p>Il a ce besoin d&#8217;indépendance depuis toujours. Et ce n&#8217;est pas la maladie qui l&#8217;empêchera, on le constate, de réclamer &#8220;sa&#8221; petite place, sa liberté. On s&#8217;attendait à ce qu&#8217;il veuille &#8220;vivre de ses propres ailes&#8221;, mais pas si tôt&#8230;</p>
<p>Il a hâte, parce qu&#8217;il croit que chez nous, il est &#8220;un fardeau&#8221;, une &#8220;tâche&#8221;. Et on a beau dire et redire tout le plaisir qu&#8217;on a à l&#8217;avoir près de nous, à nous gaver de sa présence, de ses anecdotes et de ses sourires ; il persiste. Au fond, on le voit, on le sent : c&#8217;est nous qui sommes, parfois, de trop dans son quotidien, à tenter de prévenir, de prévoir ses besoins, de faciliter sa vie !</p>
<p>Parce qu&#8217;il a rapidement repris du poil de la bête ! En quelques jours, avec une médication suivie et donnée attentivement, avec de grands sourires et de larges oreilles pour écouter celui qui voulait tant parler, avec nos bisous et notre affection, il est devenu &#8220;lui&#8221;. En plus épuisé, en plus perdu, mais &#8220;lui&#8221;. Il le sait, nous le savons. Il veut vivre, maintenant, son indépendance !</p>
<p>Depuis la visite de l&#8217;appartement &#8220;pour moitié-perdus&#8221;, comme il dit, il a un seul sujet en tête : quand. Quand est-ce que je pourrai y aller, quand est-ce que ma place va être prête, quand est-ce que vous allez venir souper &#8220;chez nous&#8221;, quand est-ce que je vais pouvoir être dans mes affaires&#8230; Malgré nos bons soins, l&#8217;ambiance familiale qui règne ici et là, le semblant de &#8220;chez lui&#8221; qu&#8217;on a reconstitué ici, malgré notre bonne volonté et notre désir de le voir encore, et encore faire des progrès en &#8220;direct&#8221;, devant nous, malgré cela, on comprend bien. La pomme ne tombe jamais très loin du pommier&#8230;</p>
<p>J&#8217;avais l&#8217;impression d&#8217;être une adolescente, au début de ce billet. Avec mon papa qui m&#8217;aide à prendre mon envol vers un monde insécurisant et hasardeux, vers un monde auquel les enfants rêvent bien trop tôt. Vers la vie. Et puis voilà que je me rends compte, finalement, que les rôles ont été inversés. Que c&#8217;est nous qui l&#8217;aidons à prendre confiance, à essayer de gagner, un pouce à la fois, toutes ces petites victoires &#8211; et certains échecs &#8211; qui concourent à rendre l&#8217;adolescent &#8220;adulte&#8221;, le dépendant à l&#8217;indépendance.</p>
<p>Il en parle 30 fois par jour, en faisant la bouffe avec nous, en sortant de la douche, en se rendant à son lit, en pliant son linge, en marchant, en travaillant légèrement, en riant, en prenant son café&#8230; Il en parle, et on sait que toutes les évaluations psychosociales du monde vont dire la même chose : il est prêt à vivre seul, avec, bien entendu, pour le moment, une surveillance. Mais il ne veut pas la nôtre. Parce que sincèrement, il nous avoue qu&#8217;il sait que les rôles sont inversés, et qu&#8217;il n&#8217;aurait jamais cru devoir se fier sur ses enfants pour ne pas oublier de se doucher&#8230; nous comprenons, évidemment. Il dit que c&#8217;est moche, pour lui, de se faire donner ses médicaments par ses enfants ; de devoir dire où il va à ses enfants, de&#8230; vous savez ? Nous comprenons, évidemment.</p>
<p>Nous avons fixée la date au 1er octobre. Juste pour être surs et certains. Et s&#8217;il accepte d&#8217;attendre encore avant de &#8220;recommencer&#8221; sa vie d&#8217;adulte, c&#8217;est en grande partie parce que nous, nous ne sommes pas prêts à le voir s&#8217;envoler.</p>
<p>[Ouvrir le billet pour entendre la chanson]</p>
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		<title>Coeur de loup…</title>
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		<pubDate>Sun, 20 May 2007 20:21:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martyne</dc:creator>
				<category><![CDATA[La vie, la vie]]></category>
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		<description><![CDATA[Entendre "je t'aime" quand on croyait cet aveu impossible. L'entendre et vouloir le crier, pour en saisir toute l'importance. Entendre sa voix, savoir qu'il sait, lui dire à l'oreille, en l'embrassant, et prendre le jour comme témoin que j'ai aussi entendu, de sa nouvelle voix, mon papa qui sait qu'il m'aime.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Revenir de Roberval, désormais, est une déchirure. Évidemment, &#8220;avant&#8221; que le coeur de mon papa ne cesse de battre, c&#8217;était difficile. Le lac et ses tentacules me retenaient, l&#8217;air frais et tiède d&#8217;<em>Ashuap </em>murmurait mon nom et j&#8217;évitais les larmes en souriant, murmurant que sitôt repartie, je reviendrais&#8230;</p>
<p><span id="more-123"></span></p>
<p>Désormais, quitter le Lac pour rentrer à la maison, c&#8217;est comme m&#8217;éloigner de ce nouveau papa que la vie m&#8217;a donné.  Il n&#8217;est physiquement pas très différent. Les mêmes cheveux, la même bouche, le même corps. Y&#8217;a que par dedans qu&#8217;on sait distinguer l&#8217;ancien papa du nouveau.</p>
<p>Y&#8217;a aussi à travers ses grands yeux. Ses grands yeux bleus pleins de vagues. Pleins de rives. Pleins de brise-larmes. Ses yeux qui disent ce qu&#8217;il est devenu, depuis qu&#8217;il est &#8220;revenu&#8221;.</p>
<p>&#8220;J&#8217;suis mort, hein ?&#8221; qu&#8217;il a demandé, l&#8217;autre soir, à ma petite soeur. &#8220;Est-ce que j&#8217;étais mort ?&#8221;. Oui, papa. Trois fois. Ta trinité cardiaque, mettons. On fait tout en triple, par chez lui. Trois petits cochons, trois enfants, trois fois passera, trois infarctus.</p>
<p>Alors quand j&#8217;entre dans sa petite chambre blanche, juste à côté des soins intensifs d&#8217;où il est heureusement sorti, j&#8217;ai toujours peur. Pas peur comme dans &#8220;accident&#8221; ou peur comme dans &#8220;attention, les enfants&#8221;. Peur comme dans &#8220;et si cette fois, il ne me reconnaissait pas ?&#8221;. Peur comme dans &#8220;et si jamais il ne se souvenait pas de moi, de mes enfants, de sa vie d&#8217;avant ?&#8221;</p>
<p>Son sourire. Ses yeux. Deux éléments simples. Révélateurs. En entrant dans la pièce, si son sourire s&#8217;étend, si ses yeux s&#8217;allument, c&#8217;est qu&#8217;il sait. Qu&#8217;il reconnait. Qu&#8217;il n&#8217;est pas dans cet ailleurs qu&#8217;il visite parfois, sans avertir.</p>
<p>Vendredi, quand je suis arrivée dans la chambre, il a sourit. Ses yeux ont éclairée la pièce. La fraîcheur de sa main sur la mienne, l&#8217;entendre me dire &#8220;c&#8217;est ma Matoue&#8221; : mon papa à moi est là. D&#8217;heure en heure, ce n&#8217;est jamais acquis. Jamais de certitude. Parfois il sait, d&#8217;autres fois, il dit n&#8217;importe quoi. Mais surtout, deux minutes à l&#8217;heure, il sait. Et si on a la chance d&#8217;être dans son champ de vision, alors ce deux minutes devient une éternité de bonheur, de remerciements, d&#8217;intenses gratifications.</p>
<p>Peu m&#8217;importe, à l&#8217;heure actuelle, qu&#8217;il passe le plus clair de son temps perdu entre ici et ailleurs. Que le fait de tenter de &#8220;trouver une poche&#8221; à son pyjama bleu soit sa principale activité. Peu m&#8217;importe qu&#8217;il veuille un matin acheter l&#8217;aéroport de Chibougamau. Et l&#8217;après-midi, partir en safari. C&#8217;est dans sa tête que ça se passe, et ça a quand même l&#8217;air plaisant.</p>
<p>Ce qui m&#8217;importe, c&#8217;est qu&#8217;après 21 jours, il soit.</p>
<p>Il est. Une force de la nature. Un loup au coeur si fort que même les tremblements ne réussissent pas à faire taire.</p>
<p>Le combat n&#8217;est pas encore terminé. Son corps lui chuchotte encore qu&#8217;il doit réapprendre à marcher sans faire du 10 miles à l&#8217;heure. Ses doigts recroquevillés doivent remanipuler délicatement les objets. Son cerveau doit recréer et repenser chaque instant pour qu&#8217;il se vive à nouveau.</p>
<p>Mais il est assez &#8220;là&#8221;, en tout cas, pour tenter quelques farces. Pour sourire et rire. Pour tendre les bras. Et pour qu&#8217;on se dise qu&#8217;on s&#8217;aime.</p>
<p><span style="color: #993300;">Entendre &#8220;je t&#8217;aime&#8221; quand on croyait cet aveu impossible.</span> L&#8217;entendre et vouloir le crier, pour en saisir toute l&#8217;importance. Entendre sa voix, savoir qu&#8217;il sait, lui dire à l&#8217;oreille, en l&#8217;embrassant, et prendre le jour comme témoin que j&#8217;ai aussi entendu, de sa nouvelle voix, mon papa qui sait qu&#8217;il m&#8217;aime.</p>
<p>À 33 ans, c&#8217;est un cadeau. Je peux enfin me réveiller d&#8217;une longue torpeur où je croyais les êtres aimés indestructibles, éternels. Je sais, maintenant, ce que ça aurait pu être de ne jamais reconfirmer, dans ma tête de jeune femme, que mon père m&#8217;aimait. Maintenant, il y a quelques lettres qui m&#8217;ont mise au monde, ce matin.</p>
<p>Juste après avoir pris cette image de nous deux. J&#8217;ai eu une petite pensée pour <a title="Patrick Dion" href="http://dipat.blogspot.com/" target="_blank">M&#8217;sieur Dion</a> qui m&#8217;a un peu redonné le guts de poser la question et de tenter ma chance. Et s&#8217;il avait oublié l&#8217;amour ? Et s&#8217;il ne savait plus ? Et puis&#8230; ah, j&#8217;ai pris mon courage d&#8217;une main. Son épaule de l&#8217;autre main. Et j&#8217;ai pris tous les papas du monde à témoin pour dire au mien &#8220;On s&#8217;aime, hein, nous deux ?&#8221;.</p>
<p><img class="alignnone size-medium wp-image-1016" title="sourire" src="http://www.martyne.com/wp-content/uploads/2007/05/sourire1-231x300.jpg" alt="sourire" width="231" height="300" /></p>
<p>&#8230;et vous savez ce qui est le plus généreux ? C&#8217;est que la vie m&#8217;a permis d&#8217;entendre, décuplée, sa voix. Pour que je puisse m&#8217;en souvenir jusqu&#8217;à mes 101 ans. J&#8217;ai vu ses yeux, entendue sa voix, inspirés ses mots, et les ai gravés dans ma chair. J&#8217;ai entendu papa me dire, en retour, &#8220;<span style="color: #993300;">on s&#8217;aime certain mon tit Matoue</span>&#8221; !</p>
<p>[Ouvrir le billet pour entendre la chanson]</p>
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