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	<title>La vie avec mon père &#187; mariage</title>
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	<description>depuis juin 2009, papa s&#039;est joint à nous!</description>
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		<title>The dance&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Aug 2007 19:11:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martyne</dc:creator>
				<category><![CDATA[La vie, la vie]]></category>
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		<description><![CDATA[Y'a une chose que papa nous a appris, depuis l'enfance. Quand quelqu'un est dans le besoin, si on est capable d'aider, let's go.

On est capable.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone size-medium wp-image-994" title="mat-et-papa1" src="http://www.martyne.com/wp-content/uploads/2007/08/mat-et-papa1-129x300.jpg" alt="mat-et-papa1" width="129" height="300" /></p>
<p><span id="more-158"></span></p>
<p>Parmi les choses les plus inattendues que j&#8217;aie eu à faire dans ma vie, préparer mon &#8220;<a href="http://www.martyne.com/annie-marie-helene-ou-je-ne-sais-qui/" target="_blank">nouveau</a>&#8221; père à emménager ailleurs que chez lui est sans doute la plus triste, originale et tendre à la fois.</p>
<p>Triste, parce qu&#8217;il semble en pleine possession de ses moyens, malgré ses trous de mémoire et ses problèmes cognitifs. Triste aussi parce que papa est à la limite de deux mondes : il sait où il est, il sait comment il est, <strong>il sait donc comment il n&#8217;est plus</strong>, et se souvient &#8220;d&#8217;avant&#8221; l&#8217;accident&#8230; et ça le rend au bord du désespoir de le savoir.</p>
<p>Il existe une vieille expression qui dit qu&#8217;un &#8220;fou qui sait qu&#8217;y'est fou est déjà moins fou qu&#8217;un fou qui s&#8217;ignore&#8221;. Bref, mon père sait qu&#8217;il est décalé. Il sait qu&#8217;il n&#8217;est plus comme &#8220;avant&#8221;. Il sait qu&#8217;il oublie, qu&#8217;il invente, qu&#8217;il ne sait pas ou ne sait plus. Il est bien des choses, mais certainement pas fou. Juste embrouillé.</p>
<p>C&#8217;est que qui rend notre tâche à tous plus délicate. À la limite, sacreboire, s&#8217;il n&#8217;était &#8220;pas là&#8221;, s&#8217;il était de l&#8217;autre côté de la ligne, s&#8217;il ne savait pas, on pourrait faire comme d&#8217;autres et aller le déposer dans un centre de soins puis déculpabiliser le restant de nos jours en nous disant qu&#8217;anyway, &#8220;y s&#8217;rappelle de rien&#8221;.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas notre cas.</p>
<p>Depuis quelques semaines, ses progrès sont fulgurants. Surtout après les soirées passées en famille. On dirait qu&#8217;il &#8220;débloque&#8221; certaines cases de sa mémoire qui étaient jusque là inertes depuis l&#8217;ACV. Son humeur s&#8217;améliore, il devient plus stable dans ses conversations, et, surtout, il a une mémoire à court terme qui est passée du 3 minutes à environ 2 heures. Croyez-moi, c&#8217;est ÉNORME comme progrès. Avant, il fallait répondre à &#8220;où je suis ?&#8221; chaque fois qu&#8217;il ouvrait les yeux. Un peu après, il demandait :&#8221;Est-ce que je suis déjà venu ici, avant ?&#8221; et maintenant, il sait. Les endroits lui rappellent quelque chose. Les odeurs. Les gens. La famille. Nous.</p>
<p>Triste. Parce qu&#8217;il va trop bien pour que nous le laissions tomber, en risquant une rechute s&#8217;il était &#8220;plaçé&#8221; dans un centre. Triste, parce que la sociopathe qui s&#8217;occupait de lui depuis l&#8217;accident a décidé qu&#8217;elle s&#8217;en allait, avec quelques jours d&#8217;avis.</p>
<p>Ce qui se passe, dans ces cas-là, quand la personne qui s&#8217;occupe de votre père s&#8217;en va, et qu&#8217;il doit être sous surveillance 24/24, c&#8217;est normalement le &#8220;placement&#8221; en centre. Mais avec les débordements du réseau de santé, ça se résume à &#8220;allez le porter aux urgences et dès qu&#8217;un lit se libère dans une chambre, il ira là, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;on ait trouvé un autre endroit&#8230; ce qui peut prendre de 2 à 6 mois&#8221;. Mouain.</p>
<p>Retour à la case départ : On fait quoi ? On s&#8217;en occupe, pardi ! On s&#8217;en charge. &#8220;Ouais, mais on vit tous à l&#8217;extérieur de Roberval, nous&#8221;&#8230; &#8220;En même temps, quand il est avec nous, il prend tellement d&#8217;assurance et améliore son état de façon gigantesque&#8221;&#8230; &#8220;Et puis s&#8217;il se souvient d&#8217;une chose, c&#8217;est bien de nous, il nous répète constamment qu&#8217;il s&#8217;ennuie et qu&#8217;on vit trop loin&#8221;&#8230; Voilà.</p>
<p>À Roberval, il est chez lui, dans son environnement, dans ses affaires, dans son logement. C&#8217;est vrai. Sauf que là, il est non envisageable qu&#8217;il demeure seul chez lui. Impossible pour le moment. Par contre, quand il voit ses enfants, il est comme chez lui. Déchirant dilemme. On lui trouve un centre à Roberval, pour qu&#8217;il reconnaisse ses arbres et ses rues, qu&#8217;il reçoive la visite de ses frères et soeurs, ou on lui trouve un endroit ici, près de nous, ses enfants, pour qu&#8217;il puisse passer ses weekends et les congés, les soupers de famille et les fêtes avec nous ?</p>
<p>Triste, donc, de lui demander de quitter son appartement et son environnement familier pour s&#8217;en venir par chez nous.</p>
<p>Et original. Original, parce que malgré l&#8217;incertitude dans ses yeux, tout y brille quand même. Une nouvelle vie, à 57 ans, ce n&#8217;est pas donné à tout le monde ! Original, parce qu&#8217;avant, c&#8217;est lui qui nous aidait à faire nos boites et à charger le camion de déménagement. Original, parce que nous ne savons pas à quoi nous attendre. Peut-être est-ce que nous le bouleverserons ? Peut-être, au contraire, aura-t-il l&#8217;élan qui lui manquait pour retourner dans sa tête et replacer les morceaux manquants ?</p>
<p>Original, parce qu&#8217;il sera avec nous, près de nous. Plusieurs coups de téléphone plus tard, on confirme toujours la même affaire : si personne ne le prend en charge, le système peut s&#8217;en occuper, mais il sera parachuté d&#8217;un service à l&#8217;autre jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il ait une place à lui, quelque part sur le territoire de la MRC, on ne sait pas quand.</p>
<p>Nous savons tous les avertissements. Nous sommes jeunes. Nous avons nos propres familles à élever, nos carrières à réussir, nos élans à aspirer, blablabla.</p>
<p>Y&#8217;a une chose que papa nous a appris, depuis l&#8217;enfance. Quand quelqu&#8217;un est dans le besoin, si on est capable d&#8217;aider, let&#8217;s go.</p>
<p>On est capable.</p>
<p>Et tendre. Y&#8217;a une dernière chose qui m&#8217;a amené à faire pencher la balance. La danse. Cette danse qui semblait improbable il y a 3 mois. La danse du paternel, au moment de mon mariage. Parce que ce soir là, en dansant avec lui, il a reconnu la chanson que j&#8217;avais choisi. Il a reconnu la majorité des photos qui étaient projetées sur grand écran. Mais, surtout, il m&#8217;a serré très fort dans ses bras en disant : &#8220;Tu sais ma fille, je t&#8217;aime gros comme le monde même si j&#8217;m'en rappelle pas très bien, mais j&#8217;te trouve tellement loin, pis j&#8217;veux pas te déranger avec mes problèmes, alors j&#8217;te demande rien&#8230;&#8221;</p>
<p>Ça, ça a marqué ma soirée. Et le lendemain, au moment de son départ vers Roberval, quand de grosses larmes coulaient sur ses joues après nous avoir serré contre lui, quand il a dit : &#8220;Je m&#8217;en r&#8217;tourne tout fin seul chez nous, vous êtes loin, j&#8217;m'ennuie&#8230;&#8221; ça a marqué ma vie, je dirais. Parce que j&#8217;aurais pu manquer la peine et les chambardements, j&#8217;aurais pu manquer la douleur et les malaises, j&#8217;aurais pu manquer ceci et cela, oui, mais j&#8217;aurais eu à manquer la danse&#8230;</p>
<p>Mon époux et ma soeur sont en ce moment avec toi, à Roberval, en train de préparer le voyage de demain, les dernières boites de souvenirs à emporter. À cette heure, dans un dodo, tu seras ici, bien au chaud, calé entre tes enfants et tes petits-enfants. Et tout l&#8217;amour d&#8217;une famille qui te doit bien ça. Bienvenue dans notre monde, papa. Rebienvenue.</p>
<p>[Ouvrir le billet pour entendre la chanson]</p>
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		<title>Fragile équilibre…</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2007 17:59:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martyne</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il existe, j&#8217;en suis persuadée, un équilibre universel qui, quoiqu&#8217;il arrive, s&#8217;autorise à interpréter les joies, les bonheurs, les tristesses et les aléas de la vie selon le principe de Pareto ou, pire, selon la loi du 50/50.

Quoiqu&#8217;il en soit, cet équilibre fragile s&#8217;est une fois de plus manifesté. Jeudi dernier, nous étions aussi heureux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il existe, j&#8217;en suis persuadée, un équilibre universel qui, quoiqu&#8217;il arrive, s&#8217;autorise à interpréter les joies, les bonheurs, les tristesses et les aléas de la vie selon le principe de Pareto ou, pire, selon la loi du 50/50.</p>
<p><span id="more-120"></span></p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, cet équilibre fragile s&#8217;est une fois de plus manifesté. Jeudi dernier, nous étions aussi heureux que des rois pendant le festin à l&#8217;annonce de notre mariage prochain.</p>
<p>Vendredi, mon Mex et moi avons donc terminées les démarches pour nous offrir «notre» cadeau de mariage : deux beaux gros Harley Davidson.</p>
<p>Samedi soir, nous voguions sur un nuage pastel, les yeux dans les papillons multicolores.</p>
<p>Puis dimanche matin arriva. Dimanche et son téléphone. Il était tôt. Trop tôt.</p>
<p>On m&#8217;apprend que mon père git aux soins intensifs de l&#8217;hôpital de Roberval. Crise cardiaque. Défibrillation à répétition. Difficultés respiratoires. Re-crise cardiaque. Coma. Perte de conscience. Chute de pression. Aucun pouls. Bref, c&#8217;était la totale.</p>
<p>Dimanche, à midi, paniquée, inquiète, triste à faire pleurer un clown, j&#8217;ai préparé mes bagages et me suis rapidement dépêchée d&#8217;arriver au chevet, 4 heures de route plus tard, de celui qui m&#8217;a donné la vie, de celui qui était si fier d&#8217;enfin me mener à l&#8217;autel pour le Grand Jour.</p>
<p>Il était pâle, si pâle. Mon tout petit papa. Intubé, lié de partout à ces machines qui lui insufflaient la vie.</p>
<p>J&#8217;ai pris sa petite main moite dans la mienne, tout aussi moite. Et, soudainement, j&#8217;ai eu envie de prier. Mais je n&#8217;avais plus rien à dire. Les mots sont des traitres qui ne viennent en nous que quand on réussit à leur signifier une émotion. Dans ce cas, je n&#8217;avais qu&#8217;une tempête, qu&#8217;une tornade, qu&#8217;une peur bleue.</p>
<p>Voilà pourquoi je lui ai chantée cette mélodie.</p>
<p>[Ouvrir le billet pour entendre la chanson]</p>
<p>En insistant bien sur les mots : «Vas-y, bats-toi, T&#8217;es un vrai lion, sors-nous tes griffes, ne t&#8217;endors pas, à l&#8217;étage des soins intensifs&#8230; »</p>
<p>Chaque fois que j&#8217;avais le droit de le visiter, à la demie de l&#8217;heure, je me rendais machinalement lui murmurer ces mots&#8230; «Mais j&#8217;te l&#8217;demande, parce que je l&#8217;sais que j&#8217;m'en remettrais pas, ne t&#8217;en vas pas, j&#8217;me sens pas encore assez grande&#8230;»</p>
<p>J&#8217;imaginais sa joie, son euphorie, alors qu&#8217;il m&#8217;avait dit, la veille, à quel point il avait hâte de traverser l&#8217;allée centrale aux bras de sa plus grande, pour enfin vivre ce mariage qu&#8217;on attendait tous depuis si longtemps. J&#8217;avais encore en tête toutes ses fois où, souriant comme rarement, il racontait qu&#8217;enfin, il allait pouvoir retourner chasser et pêcher, qu&#8217;il avait repris le programme des A.A, qu&#8217;il se préparait à partir dans son bois pendant l&#8217;été. Il était heureux, au comble d&#8217;un bonheur qui l&#8217;a fait attendre pendant trop longtemps.</p>
<p>Et puis voilà&#8230; Les heures, les heures, les heures. Aux soins intensifs, tout est calculé en heures. La première heure après la crise, puis les premières 12 heures, les 24 prochaines&#8230; tout est indice, tout est probant.</p>
<p>Ce matin, après 72 heures de soins, d&#8217;intubation, de perfusion, d&#8217;incantation ; il s&#8217;est éveillé. Oh, pas comme un réveil matinal où on l&#8217;aurait entendu s&#8217;écrier que le soleil est une lumière pour le coeur ; pas un matin ordinaire où il aurait trouvé que le café était amer, non. Mais un matin où il a ouvert ses grands yeux bleus. Et il a parlé.</p>
<p>Il n&#8217;est pas encore totalement sorti du bois. Et il reste tellement de tests encore à passer pour expliquer ce qui a causé le ceci et le cela, la crise d&#8217;épilepsie, la crise de coeur, l&#8217;acv&#8230; Mais il reste que mon papa a su entendre, à travers nos murmures, nos silences, à travers nos caresses sur ses bras froids, à travers notre insistance à le réveiller, à le sortir de son coma, à lui sourire à travers son visage éteint, qu&#8217;il ne pouvait pas nous laisser comme ça.</p>
<p><img class="alignnone size-medium wp-image-1023" title="equilibre" src="http://www.martyne.com/wp-content/uploads/2007/05/equilibre-294x300.jpg" alt="equilibre" width="294" height="300" /></p>
<p>Parce que je suis sa fille, sa toute petite, et que j&#8217;ai rêvé depuis trop longtemps de tenir son coude au matin du Grand Jour, heureuse d&#8217;enfin le voir réaliser «son» rêve, de donner sa fille à l&#8217;homme qu&#8217;il lui faut.</p>
<p>Mon petit doigt me dit qu&#8217;il y aura peut-être quelques embuches à abattre avant de profiter de la marche nuptiale. Mais il me dit aussi, mon petit doigt, que quand on crie à son papa d&#8217;amour qu&#8217;on a encore tellement trop besoin de lui, parfois, il écoute. Comprend.</p>
<p>&#8230;se réveille, tend l&#8217;oreille, ouvre ses yeux, puis revient d&#8217;un long, très long voyage.</p>
<p>Ne nous reste plus qu&#8217;à espérer que la sève qui bout en lui reviendra avec autant de vigueur que ce dernier samedi soir où il m&#8217;a dit à quel point il serait fier de parcourir avec moi ces quelques mètres qui signifierons que son travail a été accompli, bien accompli, et qu&#8217;il tend le relais de la protection masculine à cet autre qu&#8217;il aime comme son propre fils.</p>
<p>J&#8217;aime mon père. Indescriptiblement. Parce que. Et parce que. Alors si l&#8217;univers veut bien, une fois de plus, rétablir l&#8217;équilibre, il s&#8217;arrangera pour que papa puisse marcher, solennellement, au matin du 18 août.</p>
<p>C&#8217;est pas fatal, simplement parce que c&#8217;est critique&#8230; Alors voilà. J&#8217;espère. Nous espérons tous. Les enfants sont ici, avec moi, mon Mex, ma soeur, ses enfants et son conjoint, mon frère et sa conjointe&#8230; Nous y sommes tous, des quatre coins du Québec, pour tenir sa main, caresser son coeur, unir nos voix, et croire en lui. En sa force herculéenne de papa qui sait tout, qui peut tout, qui&#8230; saura pouvoir se relever.</p>
<p>D&#8217;ici là, je reste à ses côtés, le temps qu&#8217;il faudra, lui tient la main, et souris. Parce que c&#8217;est le meilleur de ce qu&#8217;il m&#8217;a appris à faire : sourire devant l&#8217;adversité. Pour vaincre la torpeur&#8230;</p>
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