La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
martyne(@)martyne.com

  • Nethique.info
  • Suppositoire

    Une grippe d’homme. Une grosse grosse grippe d’homme. De ces grippes qui tuent.

    Un moment donné, j’étais rienque pu capable. C’est beau, jouer à l’infirmière. À la limite du bandant, pour monsieur. Mais entre courir par là parce qu’il a trop chaud et courir encore là parce qu’il a trop froid ; prendre sa température parce que soudainement il est très, très, très faible et écouter les terribles effets du virus sur son moral, j’en ai eu ma claque !
    Être aux petits soins, lui apporter de l’eau, s’assurer qu’on n’est pas en rupture de stock de kleenex, couvrir son front d’un linge humide et frais, fournir le tylénol aux quatre heures, vérifier s’il prend la bonne dose de sirop, caresser ses pieds chauds pendant que… je travaille à la maison, moi, hein. La plupart du temps. Alors évidemment, pour un homme malade, c’est le Klondike. Non seulement il peut trouver une oreille attentive à ses plaintes, mais en prime, il peut en redemander. Après une semaine de lamentation, à le voir jouer au basket avec ses vieux kleenex pleins de morve pitchés autour de la poubelle, de soupe aux nouilles et d’insomnie parce que le malade ronfle comme un train plein de nitro, il fallait que je fasse quelque chose pour me… pour… heu… pour réussir à mieux endurer tout ça.

    Heureuse nouvelle ! Le destin se charge parfois de me trouver LA solution. Pendant l’heure où, miraculeusement, mon futur tuberculeux avait toute sa tête, il est allé confier ses peines au pharmacien du coin. …Fallait quand même qu’il retourne au travail, alors atténuer les symptômes, voire guérir, et vite hein… En est revenu avec une boîte de suppositoires.

    Yar-ke. Outre le fait de devoir faire cohabiter mon brocoli et le jus d’orange avec les obus anti-grippe (conserver au frais), c’que ça pue… D’abord, j’aurais pu me fier juste au cri bestial de l’Homme pendant l’insertion de la dose pour savoir quand il en «portait» un. Mais j’y allais plutôt à l’odeur. Voilà que chéri, lui, me dit : «…nez bouché… bouhouhou… ne sent rien…»

    Ah ouain ? Aucune idée de l’odeur de camphre/vieille chaussette/jeancoutu/eucalyptus ? Tu ne sens rien, du tout ? Nada ?

    C’est pas vrai que je vais endurer ça toute seule. Oh que non. Subtilement donc, pendant la nuit, j’ai pris des suppositoires et j’ai, avec précaution, déposé dans la poche de son manteau mes munitions. «Tiens, tant qu’à endurer c’t’odeur de malade, je vais en faire profiter d’autres.»

    °°°

    À son retour du boulot, le lendemain, vous auriez du lui voir l’air. Vous savez… l’air de celui qui sait que quelque chose ne tourne pas rond, mais qui n’arrive pas à mettre le doigt dessus…

    °°°

    Le surlendemain, il avait toujours le nez aussi bouché, faut croire. «J’sais pas c’que j’ai, mais tout le monde se retourne quand je passe, tout le monde m’appelle «pépère» en riant…». Il pensait que ça avait à voir avec la boite de papier mouchoir qu’il traînait partout avec lui. Pffffffffff…

    °°°

    ok, trois jours. Ça a été mon maximum. Je ne pouvais plus tenir. D’abord parce que l’odeur, il l’emmenait partout avec lui, y compris à la maison, dans la garde-robe où il serrait son manteau et là, tout était en train de puer le camphre. Ensuite parce que je me suis trouvée cruelle de profiter de son handicap momentané pour me foutre de sa gueule. J’ai donc re-subtilement jetés les suppôts. Mais comme dans «toutes les fois où je lui fais un coup pendable», y’a quelque chose qui se retourne contre moi… Y’a fallu que je lui offre un tout nouveau manteau. De cuir.

    Parce que dans mon généreux dosage de «un suppositoire dans chaque poche», j’avais oublié que le cuir – et la doublure en fausse fourrure là, c’est relativement absorbant d’odeur, comme matière. Même après un bon nettoyage, il restait un fond fisherman friend aussitôt qu’il bougeait… Suave effluve que lui-même, après quelques jours, arrivait à sentir, peu importe où il allait.

    Les commentaires sont clos.


    Categories
    Archives
    Pages
    Citation préférée
    'Tout ce qu'on écrit est un testament, car c'est la dernière fois qu'on l'écrit...' -Gilles Vigneault
    Papa, on est là!