Quand nous avons acheté la maison dans laquelle nous vivons, nous l’avons pris “telle quelle” et nous avons mis plusieurs semaines – et plusieurs payes – à la rendre agréable à l’oeil, pour nous. Nous avons pratiquement tout redécoré, du grenier au sous-sol… sauf la salle à dîner. D’abord parce que c’est la pièce qui devait être la plus “travaillée” afin d’en faire quelque chose de vivant, et ensuite parce qu’il y a 4 couches de différents papiers peints superposées. Des heures de travail, juste pour enlever ces couches, et des heures de travail pour redresser le mur abîmé derrière 50 années de tapisserie. Nous l’avons donc laissé en plan, en nous disant qu’un jour, courage et passion nous serons donnés afin de nous y mettre sérieusement.
Au fil des semaines, notre désespoir grandit et grandit et grandit. C’est que le papier peint qui est apposé sur les murs ne nous plaît pas du tout. Bi-ar-ke. Pas notre genre, pas notre style. Mais les priorités dictent nos choix… alors l’affreuse tapisserie champêêêêêtre est encore là. Ah! Le bucolique par excellence! D’abord rouges écarlates, les petites scènes de la vie quotidienne du 17e siècle nous narguent. Et reviennent. Où que l’oeil se pose, un splash rouge nous raconte comment, près d’un arbre, un petit garçon promène sa chèvre; une dame tend la main vers la pomme qui gît sur l’herbe fraîche; un attroupement près d’une nappe où, on le devine, le pic-nic à venir sera divin. Bref, l’art, c’est intéressant, mais pas 12 fois de suite sur le même mur ET sur celui qui lui fait face.
*** Le numéro de janvier/février de la revue Décormag nous propose, en page 17, une entrevue avec India Hicks, designer-gourou des Bahamas. Notre surprise ? La voici:

"La toile de Jouy de Peter Dunham, imprimée spécialement... blablabla"
Oh! Pas ça, non, pas ça! Me dis-je, en la voyant la première fois. Soit. Si Madame Hicks trouve ça”tendance”, je lui laisse mes murs.
Pendant un souper alors que nous étions seuls avec papa, Patrick et moi, nous avons eu l’idée de jouer à “où est Charlie” avec la toile/tapisserie. Quelqu’un peut trouver le chameau? L’autruche? Le cerf? Puis, en y regardant de plus près, je me suis rendue compte qu’il ne s’agissait PAS de la MÊME scène que l’horreur qui orne nos murs… Mais pour papa, cela n’avait aucune importance: tout est pareil, c’est rouge et y’a des arbres, alors c’est ça, bon. Point final.
Toute la soirée, il s’est promené, revue en main, devant les deux murs tapissés, pour chercher le foutu chameau. Avance la chaise, grimpe dessus, insiste, pointe un petit chien sur un bateau, crie de joie quand il pense enfin l’avoir trouvé, met ses lunettes et déchante… ça a duré une bonne heure. Puis il remonte dans son appartement, déçu de ne pas avoir réussi.
Et il redescend quelques minutes plus tard, avec l’idée fixe de trouver le chameau. Cherche partout, approche une loupe, met, enlève, remet, enlève à nouveau ses lunettes, se gratte la tête, semble être sur le point de chanter de joie, retrouve une mine déconfite, recommence. Repart. Revient. Recommence le manège. Nous avons eu beau lui dire 1000 fois qu’il ne s’agissait pas de la même scène, du même papier peint, du même artiste: rien à faire. Il s’était trouvé un divertissement mille fois plus intéressant que sa télé, et grandeur nature s.v.p.

L'intense recherche de Bernard devant notre désespoir de tapisserie!
(Notez que sur la photo, il est 19h00. Habituellement, nous soupons vers 17h30. Ce qui fait que Bernard en était probablement à sa 4e tentative de recherche…)
Quand le téléphone a sonné ce soir-là, je me suis dit que mon oncle Lucien, qui parlait à papa, devait terriblement se demander s’il était à ce point “perdu” cette semaine-là en lui disant, en réponse à “pis, qu’est-ce que tu fais de bon ces temps-ci” un “je cherche le maudit chameau sur le mur…”
Voyant que l’intérêt chameau/tapisserie était de retour le lendemain, et trouvant qu’il devenait aussi pénible d’endurer la tapisserie que les cris de fausse joie de papa, bien campé devant le mur de la salle à manger, j’ai fait disparaître la revue. Y’a un bout à se divertir du désespoir!
Et j’ai ouvert un compte épargne appelé “fuck le champêtre”…
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Tous droits réservés. La vie avec mon père, un blogue de J-Martyne Desmeules qui traite de la vie d’aidants naturels suite à un ACV du paternel.






La Fêlée
Ta belle tapisserie d’époque Martyne. Le truc c’est de se mettre dans la peau de la personne qui l’a choisie. Pour son époque un chef d’oeuvre, une nouveauté, une originalité, quelque chose qui lui rappelle de bons souvenirs d’enfances (sa grand-mère en avait peut-être une pareille…).
Comme ma nouvelle vieille laveuse tiens.
+2 points pour le nom du compte d’épargne!!
24 Jan 2010 @ 21:29
France
«…je cherche le maudit chameau sur le mur…”
C’est vrai que ça fend le coeur, surtout quand y en a pas de maudit chameau!
Chère Martine comme tu es brave et bonne, comme votre famille est belle et votre coeur grand!
Je penses souvent à toi en m’occupant de mes parents, quand je sens qu’ils en perdent des bouts, quand ils comptent leurs cennes pour rien, quand je suis fatiguée ou un peu envahie par cette tâche qui s’accumule aux autres…
Mais aussi, quand je ressens l’émotion très simple de faire ce qui est bon de faire, là maintenant dans ma vie. Comme eux l’ont fait autrefois pour moi, comme je l’ai fait pour mes enfants et comme la vie me l’offre maintenant. Je pourrais dire non, mais le faire me donne l’assurance de ne rien regretter plus tard et bien sûr, la chance de les côtoyer maintenant.
La vie file. La roue tourne.
27 Jan 2010 @ 23:53