La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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  • Quand je dors

    Depuis ma plus tendre enfance, c’est assez risqué de me réveiller. D’abord parce que j’ai un sale caractère. Ensuite, parce que tout le monde reconnaît que j’ai un sale caractère, donc je peux me permettre d’entretenir ce sale caractère. Et puis parce qu’on ne sait jamais, d’une fois à l’autre, si la personne qui me réveille survivra… ou si moi, je survivrai. Combien de fois ai-je proféré des menaces dont je ne me souviens plus ? Combien de fois ai-je lancé des objets incongrus ? Combien de fois ai-je dit des insanités ? Combien de fois ai-je affirmé à la personne qui venait me réveiller qu’elle allait «crever» dans les heures qui viennent ? Un nombre incalculable de fois ! À cela s’ajoute toutes les débilités qu’on peut inventer, parce qu’en plus d’être une inadaptée du réveil, j’ai aussi été insomniaque… et somnambule. Me réveiller en train de faire pipi dans le bain ou me retrouver endormie sous le sapin, à Noël. Crier au téléphone à 4h du mat’ alors que j’annonce hystériquement à mon père «je suis enceinte», quand il sait pertinemment que je suis ligaturée… Ouvrir les yeux et me trouver en plein milieu de la piscine, en train de me prendre pour une baleine…

    Jusqu’à l’adolescence, en fait, c’était plutôt amusant. Les membres de ma famille directe prenaient les paris, à savoir «qui» allait venir me réveiller. Dans quel état j’allais être, ce que j’allais dire (ou lancer). Parfois, la nuit, j’entendais ma mère placer un grelot devant ma porte de chambre. Comme ça, si je me levais et sortais en transe, au moins, elle allait en être avertie.

    Reste que l’adolescence est passée. Puis vinrent les rêves prémonitoires. J’en reparlerai prochainement. Disons que pour aujourd’hui, je ne vous laisserai que ces quelques exemples de débilité du sommeil. Ce sera suffisamment éloquent pour faire (presque) amende honorable pour toutes ces histoires que je vous raconte sur mon pauvre chum !

    J’ai donc eu honte «la fois où…»

    En après-midi, je faisais une sieste après avoir allaité Benny-le-kid. Le téléphone a sonné. Machinalement, je me suis levée pour y répondre. Le type au bout du fil m’annonce que :

    -Le type : «Nous révisons votre dossier de crédit et votre carte Canadian Tire semble avoir besoin d’une augmentation de marge… pouvez-vous nous donner le numéro de votre carte ?»

    -Moi, perdue : «Oui-oui. Un instant. [et je vais chercher mon portefeuille. je reviens.] Monsieur, je suis désolée, mais je n’ai pas de carte Canadian Tire.»

    -Le type : «Je vois, probablement que nous avons fait erreur…»

    -Moi, perdue : «Mais j’ai une Visa par contre. Est-ce que vous désirez le numéro ?»

    -Le type, évidemment : «Oh oui, ça va faire. On augmente tous les types de carte…»

    -Moi, perdue : «[et je donne le numéro. et je remercie le type. et je suis conne-e-e-e.]. Au revoir.»

    Après avoir raccroché, y’a eu comme un léger «ding» dans ma tête. Puis un «powf». Et un «glang». Et plusieurs sacres sont sortis de ma bouche. L’instant d’après, j’avais joint le service à la clientèle de Visa et j’avais annulée la carte. J’ai raconté l’histoire à mon chum quand il est revenu du travail, et après avoir rit comme un malade, m’a assuré qu’il comprenait, vu mon état légendaire au moment du réveil. Mais quand même…

    …et la fois où…

    Pendant que je dormais, un matin, allongée, toute béate, a côté d’un chum, voilà qu’on sonne à la porte.

    -La porte : «ding-dong».

    -Moi, perdue : «[je m’assois sur le lit, carrée. je prends le sac d’épicerie qui me sert de poubelle, accroché sur la porte de la garde-robe. je me l’accroche sur l’oreille, avec beaucoup de peine, semble-t-il. puis je gueule des «allo ? alloooo ?» et des «pourquoi t’appelles sale con si tu dis rien ?»].

    -La porte : «ding-dong encore».

    -Moi, perdue (et portant toujours le sac à vidange sur l’oreille) : «Là ça va faire espèce de débile, tu me fous la paix sinon je t’arrache les dents.»

    (J’suis pas débile, je vous le jure. Juste très très en transe quand je dors. J’aime dormir, faut croire…). L’histoire m’a été racontée par le chum qui y a assisté, entre deux sanglots de rire, plié en deux tellement il me trouvait mêlée ! Imaginez, maintenant, ma surprise, au moment où je sors de ma «transe» et que je réalise avoir, pendue sur l’oreille, un sac à poubelle…

    …et la fois où…

    J’étais endormie sur le divan après une dure journée avec fiston qui avait la gastro. Ma mère, pour s’enquérir de la santé du fiston – et ne pensant pas qu’à 20 heures, je pouvais déjà dormir du sommeil du juste – téléphone. Dring dring.

    -Ma mère : «Allo…je///»

    -Moi, endormie : «Je vous l’ai déjà dit d’arrêter d’appeler ici».

    -Ma mère : «Oups, tu devais dormir///»

    -Moi, endormie : «Pis vous puez d’la yeule sans bon sens, allez donc achaler quelqu’un d’autre».

    -Ma mère (sachant maintenant que j’étais réellement endormie) : «Matoue, c’est moi, calme-toi»

    -Moi, endormie pareil : «Vous saurez, en plus, que je sais où vous habitez et que dans quelques minutes, je m’en vais vous péter les jambes, maudite fatigante.»

    -Ma mère (pensant savoir comment me ramener à de meilleurs sentiments) : «T’es mieux d’être vraiment endormie ma fille pour dire des affaires de même à TA MÈRE».

    -Moi, endormie encore : «C’est ça, bin vous saurez que ma mère, elle est icit, avec moi, et que c’est même elle qui va vous tenir quand je vais vous péter les genoux.»

    -Ma mère, frue (on se demande pourquoi ?!) : «Christ, c’pas le petit qu’y’est malade, c’est toé. Salut.»

    Cette fois-là aussi, il a fallu me fier aux dires de quelqu’un pour confirmer que j’avais bel et bien profané de telles insanités. Remarquez, y’avait, comme témoin, chez ma mère, une tante. Qui dira, elle aussi, avoir entendu toutes ces choses… Puisque c’est comme ça…

    Bref, c’est assez hasardeux de me parler si j’émerge rapidement du sommeil. De même que toutes les choses que je ne dis pas, mais «fais». Si je m’éveille brusquement, c’est à grands coups de poings ou de pieds que je «m’étire» joyeusement. Si je fais «le saut» alors que je suis endormie, à coup sur, y’aura un bleu sur l’épaule de quelqu’un…

    Après avoir passé quelques nuits idylliques à mes côtés, haha, les hommes de ma vie ont tous conclus ceci : «c’était pour ça que tu ne voulais jamais que je dorme chez toi». You bet. Qui est-ce qui, sciemment, inviterait quelqu’un à se faire débâtir, pendant la nuit ?

    C’est également ce qui explique que dans ma chambre, il n’y a aucun téléphone. Que la sonnerie de mon réveil-matin est toujours sur «radio», avec le son vraiment pas fort… pour un réveil en douceur. Qu’il n’y a rien de dangereux près de moi, que je pourrais lancer si jamais je m’éveillais brusquement, et que notre lit est… king. Pas pour nous ébattre dans le stupre et la luxure, nan. Pour SA sécurité.

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