











Cette semaine, papa vient me voir en bas avec les yeux pleins d’eau, la voix tremblotante et les mains moites. “Matoue, quand tu auras deux minutes, peux-tu venir me voir en haut, avec un papier et un stylo?”
Être conscient de ce qui a été et n’est plus. Ce doit être atrocement souffrant. Nous le comprenons parfaitement. Est-ce égoïste de notre part de ne pas vouloir lâcher? Est-ce égoïste de lui dire et redire notre amour, notre appui, notre besoin de lui, alors que tout ce qu’il espère, c’est que le Bon Dieu l’écoute un peu et vienne le chercher pour qu’il n’ait plus à se lever, de matin en matin, diminué, invalide, sans permis de conduire, sans travail, sans passion, sans femme?
De tout ce que papa a perdu depuis l’ACV, il n’a certes pas perdu le sens de l’humour! Nous savions papa capable d’être une foule de chose. Mais être une figure de style, ce n’était jamais encore passé à l’esprit de quelqu’un…
Ce qui devait arriver arriva – dans le rang le plus perdu de Nicolet, une voiture de police passait justement. Après avoir vu un pick-up bleu rouler en trombe, puis une mini fourgonnette rouler tout aussi vite, arrivé à la Saturn rouge du frère, la policière s’est dit “wo les moteurs”. Et c’est mon frère qui s’est fait suivre…
Assez motivée, en tout cas, pour passer à travers les jugements de son ancienne logeuse qui ne se gêne pas pour dire que notre décision était insensée. Assez motivée pour passer outre les commentaires de ceux qui jugent que nous “sacrifions” notre vie pour quelqu’un qui “ne s’en souviendra pas”. Assez motivée pour croire que notre décision a aidé à rallumer les étoiles dans les yeux de mon vieux! Assez motivée pour que le mot “aidante” soit “naturel”.
N’appelez pas la DPJ des ACV là, personne n’a souffert. Nos estomacs se portent bien (après les premiers haut-le-coeur, tout est rentré dans l’ordre). Mais on a maintenant l’expérience du métier.