La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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    Every generation; Blames the one before; And all of their frustrations; Come beating on your door… (Mike & The Mechanics, «The living years»)
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    Comment il se fait qu’avec toute la psychologie recensée depuis les origines, personne n’arrive à expliquer/enrayer les conséquences des liens familiaux sur la psyché des gens ? Ou je suis de mauvaise foi, ou j’ai oublié une lecture quelque part sur le sujet…

    Comment se fait-il également que malgré toutes les expressions de «je-m’en-foutisme», l’humain(e) continue de ressentir à tort la pression «familiale» ? Serait-ce que la filiation est plus «génétiquement intégrée» que les amitiés, que les relations «ordinaires» ? Pourquoi les autres communications, les «phatiques», les relations de «contacts», même les altercations «ordinaires» ne nous atteignent pas autant ? Pourtant, au final, le même schéma se dessine : relation=communication+interaction/réponse+communication=relation. On redessine toujours le cours des conséquences en introduisant la «famille» dans le schéma. Parce que les liens sont «éternels» ? Parce que nous sommes issus de ces mêmes liens ? Parce que notre vie a été dessinée avec ces échanges-là ?

    Comment se fait-il que si ma meilleure amie me fait suer, je ne lui en tiendrai pas rigueur éternellement ? Que si ma mère, par exemple, me fait suer, j’emmènerai dans la tombe mon ressentiment ? Pourquoi quand un interlocuteur me dit que je suis soupe-au-lait, je m’en lave les mains, alors que si un de mes enfants le dit, c’est la fin du monde ? Est-ce que nous octroyons un degré d’importance ou de vérité plus élevé aux communications filiales ? Mais pourquoi ? Parce qu’elles ont un degré d’intimité plus élevé ? Parce qu’elles sont au centre de notre définition en tant qu’humain ? Parce que nous appartenons à un monde serré, clos ?

    Parce que nous sommes liés éternellement à eux, à la famille ? Comment alors expliquer que ceux qui ont définitivement coupés les ponts avec leur famille n’arrivent tout simplement pas à laisser tomber, à effacer les torts, à oublier ?

    Et pourquoi est-ce toujours «plus grave» quand ça vient de là ? Pourquoi est-ce qu’une action «familiale» est plus intégrée sentimentalement qu’une autre ? Et pourquoi, nom de Dieu, je n’arrive pas à faire la part des choses dans tout ça ? Pourquoi je n’arrive pas à reléguer «ailleurs», à «relativiser», à «oublier», à «excuser», à «passer à autre chose» ? Pourquoi j’accorde tant d’importance à un événement isolé, à une trahison unique ? Pourquoi je modèle pratiquement tous mes comportements en rapport à cet événement ? Comment j’en suis arrivée à postuler que cet événement précis allait redéfinir toutes mes interactions présentes et futures ? Pourquoi j’y accord cette importance, alors même que je ne devrais que tourner la page, fermer le dossier, passer à autre chose ? Comment mon esprit peut-il être si large, en d’autres occasions, si ouverts, pour d’autres sujets, d’autres personnes, et si obtus et têtu en regard d’un seul événement ? Pourquoi toute cette rancoeur, alors même que le signal de l’abandon me rendrait tellement «meilleure» ? Comment ai-je fait pour vouer un si grand culte à une trahison ?

    Que cela me trouble, j’en reviens. Que cela m’ait blessé, j’en conviens. Que cela ait brouillé les relations, je comprends. Mais que cela ne soit ni «oubliable» ni pardonnable, j’enrage. Parce que je voudrais tellement passer à autre chose. Faire «comme si», sourire et me dire que «tout le monde est humain», accompagner cette pensée de bonté, devenir positive, croire à l’erreur… Je deviens un cliché de moi-même.

    Peut-être ai-je besoin de ternir cette relation, consciemment ? Peut-être est-ce que tous mes ressentiments se condensent en cette seule trahison, pour mieux oublier les autres ? Peut-être est-ce que j’ai absolument besoin de traîner un «malheur» immense dans ma vie, et que j’ai choisi celui-ci parmi les autres, pour expliquer ceci, pour relativiser cela. Je refuse de croire que me suis définie sur une base aussi instable. Et je refuse de me dire «si je ne l’avais jamais su, tout serait joli, comme avant». Ce serait mensonge et obnubilation. Mais comme je n’arrive pas à passer outre, j’ignore comment faire avec. Et je me trahie, à mon tour, en faisant semblant. En laissant en suspend. En ignorant consciemment. En tentant d’oublier.

    …et je prie, le soir venu, pour que jamais je n’impose à mes fils une aussi grande faille entre eux et moi. J’espère qu’ils n’auront jamais à penser que leur mère a été, l’instant d’un soupir, autre chose qu’une mère.

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    'Tout ce qu'on écrit est un testament, car c'est la dernière fois qu'on l'écrit...' -Gilles Vigneault
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