Au souper, on s’est parlé des vraies affaires, les mecs et moi. Et on s’en est parlé avec Amanda Marshall, à part de ça. Je suis allé la chercher exprès. Et je leur ai traduit la chanson «everybody’s got a story». Celle que vous entendez (bin faut cliquer sur la flèche, d’abord, ouais…)
D’abord parce que c’est un principe, chez nous : tout est contextuel. Je le répète au moins dix fois par jour. Ça et «ramassez-vous les gars». Bon. Cela dit, au souper, Benny-le-kid s’est mis à argoter sur un de ses camarades de classe, et pas en le complimentant, hein… Paraît qu’il est poche partout, partout, partout. Probablement une histoire triste comme on en verra encore plus depuis que Mme Ruffo est partie. Peut-être autre chose, aussi. Peut-être n’est-ce qu’une question de contexte familial, ou social, ou psychologique. Peut-être que le gamin, le «poche», est-il pris dans un tourbillon intense de je-ne-sais-trop-quoi. Bref, j’ignore pourquoi il a tant de difficultés. Mais ce que je sais, par contre, c’est qu’il était temps d’introduire Amanda dans la vie de Benny.
Ensuite, parce que c’est une maladie, chez nous : ne jamais généraliser. Un événement isolé ne fait pas toute une époque. Une bataille n’est pas une guerre. Un morceau n’est pas un gateau. Vous voyez le topo ? Le gamin, il est peut-être en retard sur les autres, à l’école, mais possible qu’il soit un as en sports, par exemple. Ou possible que l’an passé, il ait été premier de classe. Possible qu’il soit en retard pendant sa 4e année, et que l’an prochain, il soit dans les «bons». Possible qu’il n’ait pas d’amis à l’école (le contexte…) mais que chez lui, il soit le meilleur ami du quartier. Possible aussi qu’il soit un petit diable pas endurable. Ouais. Tout se peut… Mais ce serait bien de cesser de généraliser à tout vent. Il n’est surement pas poche partout, partout, partout.
Amanda, ce qu’elle dit, au fond, c’est que nous avons tous notre histoire. Et que ce que les autres en voient n’est jamais réellement le portrait global. «That ain’t the picture, it’s just a part», qu’elle dit.
«Ne présume pas que ce que tu vois à la surface révèle la profondeur», en traduction très libre. Parce que ce chauffeur de taxi est peut-être docteur en physique ; cette jeune fille que tu évites vient peut-être de perdre sa mère…
Au fond, si on garde en tête que le contexte explique la situation, et que personne ne devrait tirer de conclusions générales sans avoir observé la situation, les faits, ça devrait bien aller.
C’est bien beau, les principes… Entre deux bouchées de fajitas, ça passe bien. Et à voir le visage des mecs à la table, ça passait aussi très bien. Reste que je vous écris cette histoire tout en réalisant que je n’observe pas toujours mes propres règles. Que j’ai le «jugement» facile (surtout quand je vois un homme en gougoune avec des bas blancs)(quand je vois une personne qui conduit trop mal)(quand je fais des boutons devant l’incompétence de quelqu’un), que je sors parfois des événements de leur contexte, juste pour m’obstiner avec mon Mec, juste pour me donner un petit air de «je l’avais dit…». Pffff… J’espère tellement qu’ils seront meilleurs que moi pour appliquer mes propres règles !
Il nous reste des tonnes de repas à prendre ensemble. Des tonnes de soirées à passer, à discuter. À apprendre ensemble. À rire ensemble. À comprendre ensemble. À vivre ensemble. S’apprendre, mutuellement, à devenir meilleurs, à devenir, tout court. «Au jour le jour pour toujours», comme dit mon Fiancé. Justement… dans le genre de «avec justesse».


