Hier midi, couchée sur la table de torture, en train de me faire cramer le poil, entre deux bips-bips-scrrrrtccchhh du laser, je me rends compte que je suis en train de dire à Maryse, la gentille technicienne, «J’te l’dis, je le recommande à toutes les femmes» !!! Et je parlais de mon ex, Jean.
Drôle d’histoire que la nôtre… Je connais Jean depuis des lunes. Quand il est arrivé au Lac, directement de son Yamaska, j’avais à peine 14 ans. Immédiatement, il est tombé dans l’oeil de ma bonne amie, Anik. À plusieurs reprises, nous avons été ensemble, Anik, Jean et moi. Jamais rien, jusque là, ne m’aurait permis de penser que…
Quelques années plus tard, j’apprends qu’il va se marier avec Isabelle, une autre bonne amie de l’époque. Wow ! Drôle de coïncidence ! (Roberval, c’est pas très grand. Presque toutes les filles avec qui tu vas à l’école deviennent tes amies, si t’es pas trop chiante.) Jamais rien, jusque là, ne m’aurait permis de penser que…
Les mois passent. Un soir, pendant la Traversée du Lac, en marchant dans les rues, je recroise Jean qui est, cette fois, aux bras de Sylvie. Nan, bande de pervers, il n’était pas «avec». Juste en compagnie de. Bon ! Depuis tellement longtemps, Sylvie est la meilleure-amie-de-Jean-et-non-je-couche-pas-avec-on-est-amis-un-point-c’est-tout-oui-ça-se-peut. Sylvie, c’est une légende vivante. Une des femmes les plus extraordinaires que je connaisse. La plus folle aussi. Elle me dépasse largement en folie brute. LARGEMENT. Irrésistible, charmante, drôle, maniaco, sans pudeur, toujours sur un high – ou sur un low- mais rarement plate, pas-barrée-à-5, comme on dit par chenous. Sylvie + Anik + Isabelle + Moi = amies. La quadrature du cercle, genre. On se connait toutes. Amies depuis le primaire. On peut passer des mois sans se donner de nouvelles, et puis rappliquer comme ça, chez l’une, chez l’autre, sans avertissement, pour reprendre exactement là où on s’était laissé. Jean, donc, m’apprend qu’il est fraîchement divorcé. On fait la fiesta du «Souper dans les rues» pendant un moment, et puis chacun retourne à sa casa. Salutations faites, tout le monde est «à jour» dans le potinage de région. Jamais rien, jusque là, ne m’aurait permis de penser que…
Quelques semaines passent… Un soir, dans un des trois bars de mon patelin, je croise Jean. Tout sourire. Accompagné de son meilleur ami – qui, de fait, est devenu le parrain de Benjamin, quelques années plus tard ! On se questionne : «Et toi, ça va ?» «De la nouveauté ?» «Ah oui, encore célibataire ?» «Ah, moi aussi…». Et je lance, comme une grosse blague, comme juste-pour-faire-rire, comme pas-sérieusement, avant de retourner à ma table où m’attendaient mes amies, «alors on se «cruisera» demain, si on se revoit».
Le lendemain, poussée par un infime moment de lucidité de la veille, je me souviens de ce que je lui ai dit. Drôle, quand même. Jamais, jusque là… bin… peut-être, finalement…
On s’est revu. Je suis allé le «trôler». Il m’a invité… et blablabla. À la fermeture du bar, on est allé manger. […]. Et puis quand il est venu me porter chez moi, vers 5 heures, comme je n’avais pas de café à proposer, je lui ai dit : «Je t’ai acheté une brosse à dent ce matin, tu veux venir l’essayer ?». On a vécu ensemble à partir de ce moment là.
Benjamin est né l’année suivante, tout juste après la fin de mon secondaire, que j’avais finalement décidé de terminer. Jean m’a annoncé, un matin : «Je pense que ce programme là est pour toi», en me remettant le programme du cégep. Ah oui, vraiment ? J’ai regardé, j’ai acquiescé, j’ai terminé le DEC deux ans après. Puis le temps, le déménagement à Québec, l’Université, son nouveau travail, le temps, encore, la vie qui se charge de nous changer, juste assez pour que plus rien ne soit comme avant… Ça aura duré cinq ans. Cinq magnifiques années. Et un matin, comme ça, un matin plus clair que d’autres, un autre matin, simplement, on s’est regardé et on a su. Que ce n’était plus comme avant. Que ce n’était plus «ça». Pas de cri, pas de crise, pas de chicane. Juste la constatation. Et ce qui s’en suit.
Depuis, Jean est toujours là. Comme un de mes meilleurs amis. Comme le père de Benjamin, aussi. Comme… Jean. Une force tranquille, un ange de patience, un bon vivant, un attentionné à deux pattes. On s’appelle 3-4 fois par semaine. On se voit aux 2 semaines pour s’échanger fiston pendant les weekends. On s’invite à souper. Tout comme avant, excluant la vie en commun et le coeur amoureux.
Je racontais, hier, à Maryse : «Tellement attentionné que quand j’arrivais de l’école, complètement crevée, il allait me faire couler un bain et pendant que je me prélassais sur le divan, il m’amenait un verre avec l’eau du bain, juste pour que je puisse lui dire si la température de l’eau était bonne…». «Tellement attentionné qu’à chaque semaine, je recevais un bouquet de fleurs, toujours différentes, selon l’humeur…». «Tellement attentionné que tous les jeudis, avant d’aller au boulot, il me demandait ‘’ce que je voulais écouter cette semaine’’ et revenait avec le CD que j’avais choisi…». «Tellement attentionné que pendant 5 ans, chaque matin, dans un petit cahier ligné, il m’écrivait quelques mots. Au total, on doit bien avoir 150 cahiers…».
Mais pourquoi tu n’es plus avec lui, espèce de malade, que je vous entends penser !!! Je vous l’ai dit, tantôt : c’est la vie qui s’est chargée de nous mener sur d’autres chemins. Et c’est très bien ainsi, d’ailleurs. Ça lui a permis de sortir de l’enfer de mon caractère de chat mouillé, et ça m’a permis de rencontrer l’Autre. Et justement, mon Mec, dans tout ça ??? Mon Mec, il l’adore, mon EXception. Ils s’entendent bien, parce qu’il n’y a aucune rivalité. Chacun a son rôle, parfaitement. Quand Jean reste souper ici, c’est souvent mon Mec qui lance l’invitation. Même chose quand ils partent ensemble en bateau. Ça fait longtemps que ces choses-là ont été réglées, entre nous : «Jean, c’est un des meilleurs gars du monde, c’est le papa de Benjamin, c’est mon presque-meilleur ami, et ça sera le tien aussi, si tu le vois autrement que comme un ex.» Évidemment, la première fois que Jean est venu dormir à la maison, parce qu’il était en vacances au Lac, mon Mec a fait les gros yeux… C’est assez rare qu’on invite l’ex à faire dodo chez soi… Reste qu’avec le temps, ils se sont connus, se sont apprivoisés, et maintenant…
Jean part en Afrique avec Benjamin pendant 2 mois l’hiver prochain. Sa soeur, qui y vit, va se marier là-bas. Et devinez qui ils ont invité à se joindre à eux ? Ouais, nous. Parce qu’on s’aaaaaaaadoooooorrrrrre !