La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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  • Le prophète esthète

    À quelques reprises, déjà, mon rôle de maman m’a imposé quelques rougeurs aux joues… Vous savez, quand vous donnez ce qu’il y a de meilleur en vous à ces petits montres, et qu’ils décident, un beau matin, de n’en faire qu’à leur tête ! Je bénis presque les parents qui n’ont jamais eu à jaser «en privé» avec les directions d’école. C’est souvent synonyme de «ça va bien». Personnellement, les dirlos et moi, on se connaît bien. Pas tant que mon Benny-le-kid est un faiseur de trouble, hahem, non, c’est qu’il est, disons, extraverti. Prompt. Et très, mais alors très enclin à la «négociation». Autrement dit, il a un avis sur tout, une position sur tout, et il a l’âme d’un Chartrand de 4 pieds ½. Ce qui fait qu’en de nombreuses occasions, il ne va pas que décrier l’injustice, mais la crier. Jusqu’à ce qu’elle soit «juste». Jusqu’à ce qu’il soit entendu, finalement. Et, comme tout leader-positif, il a des arguments qui se tiennent, la plupart du temps, pour aller au combat.

    Je vous ai déjà entretenus de sa propension à exagérer un brin, version politique. Ou encore de ses excès «non-contrôlés par ritalin». Et quand il arrive des situations où il «sauve» quelqu’un d’une injustice, j’en suis fière. Je me dis que j’ai bien fait ma «job» de mère, qu’il a les valeurs et les sentiments à la bonne place.

    Mais y’a des fois où malgré toute ma bonne volonté, ahhhhhhhh… Comme cette fois-là, la fois où Benjamin a décidé qu’il devenait prédicateur.

    Un soir, il est rentré avec LA question. «Pourquoi est-ce que moi, je dois sortir du cours quand les autres ont une période d’éducation religieuse ?» (Le contexte étant qu’à l’époque, à Roberval, il fallait choisir entre «éducation religieuse catholique» ou «éducation morale» et que pratiquement tous les citoyens de Roberval étaient catholiques, donc leurs enfants assistaient au cours d’éducation religieuse… et pratiquaient les sacrements…). Sauf lui. Et un autre ami, Tommy, qui était Témoin de quelqu’un d’autre.

    Benjamin donc, trouvait injuste d’être exclu de sa classe habituelle parce qu’il n’était pas «comme eux». Ce soir-là, je lui ai expliqué pourquoi nous n’étions pas catholiques pratiquants. Pourquoi il n’assistait pas aux cours de religion, pourquoi il n’irait jamais à la «première communion» et à la «confirmation» et pourquoi «moi» j’avais décidé de ne pas élever mes enfants avec une main sur la bible.

    Il était tout petit. Je n’étais quand même pas pour lui rabattre les oreilles, en 10 minutes, avec 2000 ans d’histoire. L’exemple le plus probant, pour moi, à l’époque, trouvé pour lui justifier l’incongruence de la croyance chrétienne, avait été de lui souligner en gras que la base de leur argumentation (Dieu, sa création, le monde) tenait sur une édification du monde issu d’un père, Adam, d’une mère, Ève, et de leurs deux fils, Caïn et Abel. L’un deux mourût, tué par son frère. Ne restait donc qu’un père, une mère et un fils. Sources de toute vie terrestre. Nous serions donc, selon la doctrine, descendants d’une famille incestueuse au premier degré. J’appuyais l’argument en lui faisant voir que si jamais j’avais un fils ou une fille avec un de mes enfants, ce serait le bout du bout. Qui plus est, cela n’expliquait pas comment étaient arrivés, de cette lignée terrestre, les différentes morphologies (encore moins tous les types de peaux…). J’ai terminé en amenant doucement Jésus, fils de Dieu, mais né de rien, porté par Marie, blabla. Que pour être chrétien catholique, il fallait avoir la foi, donc croire, et que je ne pouvais me résoudre à croire, donc que je n’avais pas foi en l’histoire, telle que présentée par la religion. «Ce en quoi nous croyons, ici, Benjamin, c’est en chacun de nous, profondément, et en la famille, en l’esprit qui anime la communauté. Nous croyons en nous. Si ça ne te dis rien, tu pourras trouver en quoi tu veux croire, par toi-même, et on en reparlera. Point.»

    Le matin suivant, il était déterminé à rester en classe de «religion» pour faire comme les autres. Mais il dut essuyer un refus de son prof, évidemment, maman n’avait pas signé pour ça. Contre mauvaise fortune bon coeur, il décida de changer de plan d’attaque. «If you can’t join them, beat them», alors.

    Le surlendemain, il mis à exécution ce que j’appelle désormais le «plan prophète». Comme il ne pouvait en toute logique assister aux cours de religion, il s’est dit que si les autres en sortaient aussi, ils seraient comme lui.

    C’est à ma plus grande surprise (!) que j’ai reçu, cet après-midi là, au travail, un appel de la directrice de l’école. «Il faut absolument que vous veniez le chercher, il est inconsolable». Inquiétant. J’ai traversée la rue (l’école était en face de mon lieu de travail, pratique !) et je suis allé voir ce qui se passait. La directrice, tellement heureuse de me voir, m’a raconté ce qui rendait Benny-le-kid si inconsolable :

    «Ce matin, pendant la récréation, on l’a surpris à rassembler un groupe d’amis autour de lui pour qu’il leur raconte l’histoire de la bible. Les surveillants ont défait l’attroupement, mais aussitôt qu’ils repartaient, Benjamin recrutait de nouveaux ses amis et insistait pour qu’ils écoutent la «bonne version» de la bible.»

    «Nous l’avons averti de ne pas recommencer, que cela troublait ses amis et qu’il devait croire ce qu’il voulait, en autant qu’il laisse la liberté aux autres de croire ce qu’ils voulaient.»

    «Mais pendant la récréation, cet après-midi, il a recommencé. Il allait plus loin dans la cour de récréation, à l’abri des regards des surveillants, et insistait pour que tous les élèves l’écoute. À un certain moment, une petite fille est entrée dans l’école en pleurant, suivie d’une autre. Elles disaient que dieu ne pouvait pas exister et qu’elles n’allaient pas pouvoir communier comme leurs parents parce que rien de tout cela n’était vrai.»

    «Nous avons donc été chercher Benjamin et lui avons fait comprendre, en le mettant en punition, qu’il ne pouvait pas modifier comme il le voulait les croyances des autres, que ça leur faisait de la peine.»

    «C’est là que Benjamin a commencé à être d’une tristesse inconsolable. Tout ce qu’il dit, depuis l’avertissement, c’est : «Mais il faut qu’ils sachent…».»

    …je l’ai ramené à la maison. L’ai consolé. Lui ai dit que chacun pouvait croire ce qu’il voulait. Même si ça semblait bizarre. Même si c’était contre la logique, parfois. Que certaines personnes pouvaient s’en remettre à une autre puissance qu’eux-mêmes… Mais le mal était fait. Il avait connu ses Judas.

    ***Trois années ont passées***

    La semaine dernière, il m’est arrivé, out of the blue, avec l’argument suivant : «Tu sais maman, s’il faut absolument, pour les autres, croire en quelque chose d’autre qu’eux-mêmes, alors il faudrait qu’ils choisissent de croire en la nature.»

    [-Huh ? T’as 10 ans, mon bonhomme, la philo, c’est bien beau, mais…]

    «Parce que la nature, mom, elle n’a pas besoin d’être inventée. Elle a juste besoin d’être là et de rester belle pour qu’on l’admire et que ça nous fasse du bien. Et si on y croit assez, alors on va la sauver et la garder belle et on n’aura plus besoin de manifester pour qu’on arrête de la scraper.»

    Je ne sais pas en quoi vous croyez, Toiquimelis. Mais moi, sérieusement, j’ai cru en Lui. (Et celui-là, je peux vous assurer qu’y’a rien à voir avec l’immaculée conception !)

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