La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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    souper-de-famille

    C’est étrange. Je me sens comme si les dernières 20 années n’avaient jamais eu lieu ; comme si je n’étais encore qu’adolescente et que mon père, après une gaffe ou deux, pouvait m’envoyer dans ma chambre… Je m’entends encore crier “le souper est-y prêt ?”. Il nous regarde vivre et pose ses sages jugements de “moi, dans mon temps…” et ça me fait rigoler, parce que je dis exactement la même chose à l’Adulescent et à Benny-le-kid. J’entends les conversations, ça parle de polyvalente, d’amours naissantes et de permis de conduire. Exactement comme dans l’temps. À la différence que cette fois, ce n’est plus moi qui répond au paternel, ce sont mes enfants.

    Et c’est lui qui demande si le souper est prêt.

    Nous vivons de drôles de journées. Des journées parfois surprenantes, parfois pesantes, parfois drôles, parfois tristounettes, parfois émouvantes, toutes à la fois. Depuis son arrivée, nous avons, ma soeur et moi, une sorte de “garde partagée” de papa. Il passe un ou deux jours ici, puis passe un ou deux jours chez ma soeur, et nous le ramenons ici pour encore quelques jours, selon ses désirs, selon ses humeurs. Il s’acclimate bien de ses “vacances” et, on le voit clairement, fait des progrès fulgurants. Incroyables. Impensables. Probablement que toutes ces prises de conscience, que tous ces progrès étaient là, tapis dans l’ombre de sa volonté, et qu’il attendait la liberté pour les exposer au jour. Il a tellement eu d’améliorations notables depuis quelques semaines qu’il peut même se permettre, maintenant, quelques blagues sur son état, blagues auxquelles évidemment nous finissons tous par prendre. Quand il se rend dans ma chambre et me crie : “Matoue, j’ai fait pipi dans l’garde-robe”, que j’accoure vers lui avec une mine déconfite et qu’il finit par éclater de rire en disant : “Sti chus mêlé, mais pas tant que ça”, je le trouve, mmmm, disons, heu… comique ? Il fait des tests, il essaie de nous faire paniquer, et quand il réussit, il se frotte les mains de bonheur à être, enfin, redevenu ratoureux

    Mais il tourne en rond. Il a hâte d’être “chez lui”. Cette semaine, nous sommes allés ensemble visiter un appartement spécialisé. Avec surveillance, autrement dit. Pas un centre, pas une halte, pas un foyer, un appartement. Où il pourra entrer et sortir à sa guise, faire ses marches, caresser le chien de la maison, apporter ses oiseaux avec lui, écouter sa télé et placer ses affaires. Avec, au cas-où, une gentille dame et son charmant mari qui hébergent les papas comme le mien. Mêlé mais pas trop. Fatigué mais pas trop. Vieux mais pas trop. Indépendant mais pas trop.

    Il a ce besoin d’indépendance depuis toujours. Et ce n’est pas la maladie qui l’empêchera, on le constate, de réclamer “sa” petite place, sa liberté. On s’attendait à ce qu’il veuille “vivre de ses propres ailes”, mais pas si tôt…

    Il a hâte, parce qu’il croit que chez nous, il est “un fardeau”, une “tâche”. Et on a beau dire et redire tout le plaisir qu’on a à l’avoir près de nous, à nous gaver de sa présence, de ses anecdotes et de ses sourires ; il persiste. Au fond, on le voit, on le sent : c’est nous qui sommes, parfois, de trop dans son quotidien, à tenter de prévenir, de prévoir ses besoins, de faciliter sa vie !

    Parce qu’il a rapidement repris du poil de la bête ! En quelques jours, avec une médication suivie et donnée attentivement, avec de grands sourires et de larges oreilles pour écouter celui qui voulait tant parler, avec nos bisous et notre affection, il est devenu “lui”. En plus épuisé, en plus perdu, mais “lui”. Il le sait, nous le savons. Il veut vivre, maintenant, son indépendance !

    Depuis la visite de l’appartement “pour moitié-perdus”, comme il dit, il a un seul sujet en tête : quand. Quand est-ce que je pourrai y aller, quand est-ce que ma place va être prête, quand est-ce que vous allez venir souper “chez nous”, quand est-ce que je vais pouvoir être dans mes affaires… Malgré nos bons soins, l’ambiance familiale qui règne ici et là, le semblant de “chez lui” qu’on a reconstitué ici, malgré notre bonne volonté et notre désir de le voir encore, et encore faire des progrès en “direct”, devant nous, malgré cela, on comprend bien. La pomme ne tombe jamais très loin du pommier…

    J’avais l’impression d’être une adolescente, au début de ce billet. Avec mon papa qui m’aide à prendre mon envol vers un monde insécurisant et hasardeux, vers un monde auquel les enfants rêvent bien trop tôt. Vers la vie. Et puis voilà que je me rends compte, finalement, que les rôles ont été inversés. Que c’est nous qui l’aidons à prendre confiance, à essayer de gagner, un pouce à la fois, toutes ces petites victoires – et certains échecs – qui concourent à rendre l’adolescent “adulte”, le dépendant à l’indépendance.

    Il en parle 30 fois par jour, en faisant la bouffe avec nous, en sortant de la douche, en se rendant à son lit, en pliant son linge, en marchant, en travaillant légèrement, en riant, en prenant son café… Il en parle, et on sait que toutes les évaluations psychosociales du monde vont dire la même chose : il est prêt à vivre seul, avec, bien entendu, pour le moment, une surveillance. Mais il ne veut pas la nôtre. Parce que sincèrement, il nous avoue qu’il sait que les rôles sont inversés, et qu’il n’aurait jamais cru devoir se fier sur ses enfants pour ne pas oublier de se doucher… nous comprenons, évidemment. Il dit que c’est moche, pour lui, de se faire donner ses médicaments par ses enfants ; de devoir dire où il va à ses enfants, de… vous savez ? Nous comprenons, évidemment.

    Nous avons fixée la date au 1er octobre. Juste pour être surs et certains. Et s’il accepte d’attendre encore avant de “recommencer” sa vie d’adulte, c’est en grande partie parce que nous, nous ne sommes pas prêts à le voir s’envoler.

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    4 commentaires Abonnement aux commentaires


    1. josie

      Tu vois c’est pour cette raison que moi je suis 100% d’accord pour que les malades restent dans leur famille au lieu d’être en centre où à l’hôpital. C’est fou comment ces personnes peuvent récupérer ou ne pas trop s’empirer.
      L’amour des proches, le bien-être dans son petit cocon chez soi, la différence est là et ça, c’est 0$ que ça coûte à l’état.
      C’est sûr qu’il a hâte de ravoir “son” chez-lui. Ça prouve au moins qu’il va mieux et ça c’est une bonne nouvelle… ;-)

      02 Sep 2007 @ 21:27


    2. josie

      En passant, bien contente de te relire :p

      02 Sep 2007 @ 21:29


    3. Cécile H. Desrochers

      Comme je vous admire et vous aime!!!
      Vous êtes déjà si matures et pourtant si jeunes pour vivre une telle situation. Mon coeur bat si fort à chacun de tes textes Martyne. Je n’ai que le goût de vous serrer tous dans mes bras et je trouve que ton papa a bien de la chance d’avoir de si bons enfants. Tant de personnes subissent ces situations et se retrouvent abandonnées. Générosité que tu es belle quand on te voit à l’oeuvre. Voilà qui me redonne tant confiance dans notre si belle jeunesse. J’ai moi aussi la chance d’être entourée de coeurs généreux alors, je ne peux que vous remercier d’ÊTRE !!!
      Toute mon affection, xxx
      Tante Cécile.

      04 Sep 2007 @ 10:01


    4. Tante Henriette

      Se que tu ma faites plaisir en te lisant.Tu sais ,je ne suis pas sans y penser à mon frère mais par ton site ,je sais qu’avec vous trois ,vous allez réussir à lui redonner une parti de SA vie. Milles merci ,ton message m’as fait du bien.Si je peux vous aider à quelques chose ,tu sais ou me rejoindre.Embrasse -le sur son front dégarnie mais vivant..

      09 Sep 2007 @ 11:24


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