Nous nous sommes préparé à tout. Les médicaments. Les sorties. Les problèmes de télécommandes. Les hauts et les bas. Les ressources nécessaires pour nous donner un coup de main. L’entourage. La famille. Les amis. Les rendez-vous médicaux. Les autres rendez-vous. Les finances, la comptabilité, les achats. Les ministères qui veulent tel ou tel document. Les intervenants qui veulent d’autres documents. Les horaires qui doivent être respectés, la routine si importante pour lui. Le ménage. Les soins. Le lavage. Le placotage. Les repas. Les endroits où il pourrait se rendre, s’il s’ennuie. La liste des numéros de téléphone d’urgence; l’autre liste, celle avec les numéros des membres de la famille, au cas où il voudrait téléphoner. Les fois où Patrick et moi aurions besoin de nous évader ont également été pensées. Pratiquement tout était analysé. Même les groupes de soutien sont notés.

Nous avons pensé à tout... ou presque
Nous avons regardé ses besoins, dans le détail, un à un. Nous avons pensé à tout, je vous dis, avant d’intégrer papa à notre famille, sous notre toît. Vivre avec un proche malade demande de l’organisation. Tenez, ce lundi, nous recevions la visite d’une intervenante au ‘dossier’ chez Interval - un centre de réadaptation de Trois-Rivières. J’ai discuté quelques jours plus tôt avec la travailleuse sociale en charge du ‘dossier’ de papa pour prévoir mon retour au boulot. Quelques jours avant, c’était au tour du centre d’action bénévole. Bref, y’a du monde à messe, comme dirait l’père.
Nous avons pensé à tout… à l’exception d’un ‘léger’ détail. Qui vient de nous sauter dans ‘l’évidence’. C’était si évident, en fait, que nous avons probablement fait le tour du ‘détail’ 1001 fois; nous devions certainement l’avoir vu, sans jamais s’y attarder. Fort probablement que quelque chose en nous faisait obstruction à la vue dudit ‘détail’.
Vivre avec papa, c’est aussi vivre avec la très forte probabilité que nous ayons à devenir, par la force des choses, les ‘derniers’ secours.
Ouaip. Ça fesse.
Je me demande vraiment comment nous avons fait pour ignorer cet aspect des familles multigénérationnelles.
C’est pourtant évident. Nous vivons avec une personne à mobilité restreinte, diagnostiquée invalide suite à de nombreuses crises cardiaques et un AVC digne des plus grands coups de tonnerre du monde, foutue d’une ischémie cérébrale très tendance. Inévitablement, avec ses années de déboires, son foie a mangé une claque assez cinglante. Ses organes internes sont rongés par les abus d’alcool et de tabac. 59 ans à peine, et pourtant, son petit corps frêle est anémié, atrophié et sa mémoire est partie prendre son bovril.
Ce qui nous amène à ceci: les probabilités de devoir intervenir en cas de malaise sont… très élevées! Et l’autre probabilité. La dernière probabilité. Celle de ne pas pouvoir intervenir à temps. Celle d’arriver trop tard. Celle d’arriver à temps, mais quand la vie pourrait lui avoir dit au revoir pendant la nuit. Celle d’être confronté à une absence de souffle, à une absence de couleur, à une absence de vie. Nous réveiller un bon matin et le trouver décédé, dans son lit, dans son salon, sur sa galerie. Nous rendre chez lui un bon midi et constater un malaise, devoir intervenir, lui insuffler une ou deux respirations…
Ouaip. Ça fesse.
Je me souviens, il y a deux ans, quand on l’avait trouvé étendu sur le plancher de son appartement. Les premiers secours qui nous avaient dit que seulement quelques minutes plus tôt auraient pu lui être très bénéfiques; qu’il avait déjà passé trop de temps sans oxygène, que son cerveau allait irrémédiablement être atteint. Que son coeur…

Chasser des tornades, c'est aussi assumer le risque...
Alors ces jours-ci, à quelques heures de retourner au boulot, je vis avec les ‘et si…’. Et si je n’étais pas là quand il aura besoin de moi? Et si j’arrivais trop tard? Et si… Et si c’est Benjamin qui, du haut de ses 12 ans, montait chez papy et le trouvait étendu sur le plancher? Si Daniel allait le voir et devait redescendre seul? Si Patrick devait crier que le souper est prêt et ne jamais le voir apparaître? Si…
Je vais donc emprunter la sagesse de mamy Georgette. ‘Avec des si, on irait à Paris’ qu’elle disait. Philosophe, ma mamy. Pas le temps de me rendre à Paris. Pas la force de vivre au conditionnel. Je vais donc me concentrer sur le moment présent, et vivre, tout simplement. En me rassurant, en me disant que nous avons mis plusieurs systèmes en place pour éviter les ’si’ et donner à la vie une chance de couler encore longtemps dans ses veines.
Vivre avec un membre de sa famille si proche d’un précipice, c’est un peu comme une chasse aux tornades, au fond. Y’a des signes qui peuvent nous aider à éviter les dégâts, nous prévenir à temps. On a le temps de se mettre à l’abri. Mais y’a des fois où il faut tout simplement s’en remettre à la vie. Et croire.
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Droits réservés – Martyne Desmeules, l’intellexuelle, la vie avec mon père
Mathilde
Très touchante ton inquiétude, Martyne. On sent la tornade aussi sûrement que si tu l’avais filmée.
29 Jul 2009 @ 11:38
Mado
Oui une très touchante inquiétude…Comprends très bien ce que tu ressens….
T’embrasse ma beauté.
BS adorée
xxx
29 Jul 2009 @ 12:53
Tantine Henriette
Cher nièce ,tu as su écrire tes lignes avec tant de tendresse que tu ma ému .Je sais se que tu peux ressentir ma grande mais hélas des solutions il y en a ..sé sur sé le temps qui ns joue des tours .Bon courage et dit toi que tu va prendre des décisions juste pour se que tu craint le pire .Dès qu’on vient au monde on se prépare à mourir.Merci pour tes lecture .xxxxx
30 Jul 2009 @ 22:39
Pat
Tu as entièrement raison, c’est la seule chose que l’on avait pas pensée, mais la vie a de bons cotés! tout ira très bien je te le dis, et moi je suis prêt à lui faire du bouche-a-bouche même si y’a pas de dent!!!
04 Aug 2009 @ 14:17
Jasmine Johnson
Bonjour la belle Martyne,
Très touchant ton texte. Quand la tempête touche un des nôtres, c’est parfois très déstabilisant mais ta philosophie de vie me fascine et me touche. Que se soit la maladie du corps ou la maladie mentale qui affecte un des nôtres au coeur de son jardin de Vie, nous nous devons de prendre soin de ce jardin où la vie continue quand même de croître. Merci pour ce témoignage.
Jasmine
10 Aug 2009 @ 10:17