Le paradis
Vous savez… quand vous avez l’impression de toucher le ciel, de voler, d’être à ce point libre que tous vos sens ne font qu’un. J’ai su. Ce que ça donnait comme sensation. J’ai su parce qu’on me l’a enlevé. Je suis comme ça, moi. Je sais que je sais quand je ne sais plus. L’antithèse devient ma thèse. L’absence devient présence. Bref, on m’a coupé l’herbe sous le pied; j’ai su à ce moment qu’il y avait de l’herbe et que cette herbe me faisait un bien immense.
Il y a quelques jours, Mex et moi étions en train de visiter une maison. Une superbe maison. Exactement comme je l’aurais dessinée si elle avait été créée par moi. Avec son attrait principal : un appartement intégré. Comme dans «papa, dis, tu viens habiter avec nous?». Comme dans «chéri, alors, c’est oui pour que papa vienne vivre avec nous?». Comme dans «les enfants, alors, il peut venir vivre avec nous, papy?». Comme dans «enfin papa, je te ramène près de nous, comme il se doit.»
Évidemment, en voyant la maison, les possibilités, en y imaginant le bonheur à la tonne avec l’espace pour chacun de nous (et les enfants et papa et nous), espace parfait pour Evel Knivel le chat, pour Bob Marley le chien et pour Che Guevara le perroquet; bref, en imaginant l’espace pour tous, j’ai eu l’impression d’être enfin chez moi.
Ça a pris quelques sourires et puis nous faisions une offre d’achat ferme. Quelques coups de téléphone et puis nous financions le bonheur. Quelques signatures et puis nous y étions : offre d’achat envoyée, selon les recommandations du proprio actuel qui nous avait bien fait comprendre que «une offre d’achat ferme, d’un bon montant, et elle est à vous.»
Tout était en règle. Tout.
Le proprio reçoit notre offre et le lendemain, nous surprend en étant plus gourmand que prévu. Une contre-offre, d’un montant plus élevé que sous entendu. Qu’à cela ne tienne : let’s go. On y va pareil. Rappel pour le financement, retour chez le proprio : contre-offre sign
ée le jeudi. De nos deux mains tremblantes, conscientes sans doute que ces griffonnages nous mènent vers un chez-soi parfait. Le proprio, à mon insistance, nous fait immédiatement une copie du document «pour faire encadrer» et nous prenons rendez-vous pour faire visiter la maison – et l’appartement – à papa, le dimanche. Serrage de mains et grands sourires.
«Elle est à vous».
Quels mots magiques et porteurs d’espoir. Elle est à nous. Nous avons trouvé une maison idéale, dans un coin parfait, juste assez, pas trop.
Le vendredi soir, nous faisons la fête. Conscients de ce qui nous arrive. Heureux d’avoir su saisir l’opportunité quand elle s’est présentée. Fiers de nous, de notre constance dans la préparation à l’achat de «la» maison. Économiser, puis économiser encore; vendre ceci; oublier cet achat farfelu, attendre et le reste.
Le purgatoire
Samedi matin, Mex vient me réveiller avec un mort dans la gorge. Une voix d’outre-tombe. Le proprio l’a appelé. Sur cellulaire. Pour lui dire que la maison avait été vendue. À quelqu’un d’autre.
À quelqu’un d’autre? Endormie, je répète la phrase. Ne saisis pas bien. «Comment ça, à quelqu’un d’autre»? À quelqu’un d’autre.
Oui, ça se peut.
Je vous le jure que ça se peut.
…
Vous savez ce qu’il fait, dans la vie, le proprio? Avocat.
Vous savez ce qu’il nous a répondu quand on lui a dit que ce n’était pas légal d’agir ainsi?
«Vous vous battrez, c’est tout. Je suis avocat, alors je vais faire étirer la cause pendant 10 ans, vous allez mettre la main dans votre poche, et on n’en finira jamais. Oubliez ça les jeunes.»
C’est là que les jambes me sont revenues. Là que le coton s’est solidifié. Là que le sang s’est remis à circuler dans mon corps. C’est aussi là que Mex et moi nous sommes regardés en sachant bien que nous y allions. Au combat. Au début, c’était dans le but de ne pas nous faire avoir, après tout ce qu’on y a mis comme entrain et comme efforts, à cette acquisition-là. Par la suite, c’est devenu une histoire autant personnelle que sociale. On n’arrive pas à croire qu’avec un statut d’avocat, on puisse exagérer autant et se croire au-dessus des lois, juste parce qu’on sait comment elles peuvent être manipulées.
Non mais.
Dommage, vraiment, ce que je vous raconte. Vous vous souvenez, je vous disais au début du texte que c’était le paradis? Voilà son opposé : l’enfer. Première mise en demeure (revenez sur votre décision, monsieur l’Avocat) : rejetée. Deuxième mise en demeure (croyez-nous, nous sommes sérieux, dites à l’autre acheteur qu’il vient de – lui aussi- perdre sa maison puisqu’elle était à nous) : rejetée.
Je vous passe les détails. Les indications à l’huissier. Les silences. Les refus. Et le reste.
L’enfer
Dernière étape : nous sommes convaincus et décidés. Notre avocat également. De même que tous les gens à qui nous avons montrée la contre-offre et qui ont constaté qu’elle était légalement valide. En y ajoutant ses paroles et son non-sens, la cause est bonne. Pas pour lui. Non. Pour l’Avocat, c’est son libre arbitre de dire oui un soir et non le lendemain. Il peut vendre à qui il veut. Selon lui.
Mer. De. Merde.
Voilà donc que plus nous avançons dans la bataille, plus mon corps se crispe; plus ma tête éclate; plus mes paupières s’alourdissent; et je comprends tous ces gens qui ont envie de baisser les bras quand un truc du genre leur arrive. Parce que c’est énormément de temps, d’argent, de visites, de signatures, de téléphones, de rendez-vous et d’énergie, une bataille de ce genre. Parce que Mex y a passé toute la semaine dernière, ou presque. Et parce qu’on vit tout près de monsieur l’Avocat qui, lui, a une vie normale et se rit bien du trouble qu’il nous fait.
Il s’en contrefout, en fait.
Nous avons rendez-vous devant le juge la semaine prochaine. Question d’aller valider notre jugement contre le sien. Et, peut-être, d’avoir la chance de croire encore en la justice. Si elle y est.
Ce qui nous fait le plus peur, dans tout ça, c’est ce point précis : l’arrogance de l’Avocat.
On peut toujours se remettre d’un combat perdu justement et bien joué. Cette fois, nous savons que nous avons raison; nous avons les documents pour prouver que nous avons raison, mais nous avons deux défauts majeurs : je suis directrice de communications, Mex est en affaires. Pas avocat. Nous avons d’la gueule, pas de techniques. Et nous devons continuer à vivre et à espérer que justice sera faite, à payer notre avocat, la notaire et le huissier pendant que l’autre sait exactement où sont les failles du système…
Des fois, pas souvent, mais des fois je vois la vie comme un beau gros tas d’emmerdes. Comme en ce moment.
Je sais que ça me fera toute une histoire à raconter à mes petits-enfants. Que ça se règlera éventuellement, positif ou négatif. Qu’à mes 100 ans, je ne m’en souviendrai probablement pas. Mais pour le moment, je suis en géritole de gériboère. Et j’ai envie de prier. Avec plus rien à dire.
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Martyne Desmeules

Epicure
Ça y est. Je suis frus. Burp est frus. Nous sommes trop outrés par cet abominable exemple pourri d’abus de pouvoir. « Je suis l’avocat véreux, vous les p’tits jeunes, crevez. » On vous souhaite des tonnes de courage pour poursuivre votre combat. Bonne chance!!!
12 Mar 2009 @ 20:15
La Fêlée
À donner mal au coeur. Les avocats comme celui là méritent des plaintes au Barreau et une invasion de fourmis noires dans le sous-sol.
C’est vrai que dans ces là on doit choisir, se battre pour son droit, ses convictions, ou se taire et garder la paix. Trop injuste que la paix et le droit ne puissent toujours aller de pair.
Je vous souhaite tout le courage du monde. Je le ferais aussi, comme vous, je me battrais.
( Puis s’il le faut, on fera une levée de fond pour payer vos frais de cours. Je me vois tellement faisant cuire des douzaines de roteux sur le charcoal pour tous les Intellexlecteur pendant que l’Exivrogne distribue les cafés en dansant sur la musique de la compagnie Créole.(il restera juste à le convaincre mais je m’en occupe.))
12 Mar 2009 @ 21:09
James
Moi, j’ai essayé de lire ça pendant une demi-heure. Relaxons, y’a de la rechute ici ( selon la météo ).
Moi j’ai compris que tu as une perruche nommée Korsakoff. Je rewind le paragraphe pis je suis pas pire, je me sens en maitrise car je suis rendu dans le fond en me forçant à 14 lignes de lues, pis que je crois me souvenir du début. Mais mon Dieu, je vais devoir revenir demain. Calvinse. J’aime te lire pis tu le sais. J’ai juste pogné la grippe en allant prendre une bière chez Wernicke avant avant hier.
Je Stay Tuned.
12 Mar 2009 @ 22:08
Mex
C’est décourageant… mais faut pas lâcher!!
13 Mar 2009 @ 07:45
Noisette Sociale
Moi qui était toute contente de te retrouver enfin sur ma blogosphère… et qui tombe là-dessus.
C’est enrageant… mais tellement enrageant de lire ça!
J’espère sincèrement que la suite des choses ira en votre faveur. Vraiment.
13 Mar 2009 @ 11:11
Chocolyane
Noooooon. Ben voyons donc. J’en reviens pas.
Raconte-nous la suite, et lâche pas!
13 Mar 2009 @ 13:36
Annie
Asti d’avocat de merde!!!Je suis daccord avec la fêlée si il le faut on va se battre tous ensemble! Ce n’est pas grand chose, mais vous avez tout mon appuis….Bonne chance!! xxx
14 Mar 2009 @ 12:17
Hispong Elbayne
Je suis aussi pris dans un processus judiciaire… et j’ai aussi le goût de tout laisser tomber, tellement les embûches à surmonter pour en arriver à faire valoir son droit son immenses…
Lâchez pas.
18 Mar 2009 @ 13:33
Garamond
De deux choses l’une: Ou bien vous avez raison ou bien vous avez manqué une petite phrase quette part dans l’offre d’achat qui lui donne le droit de changer d’idée pour telle ou telle raison.
Aller voir un spécialiste en droit immobilier, il va vous dire si vous avez une chance ou non…
S’il dit non… Oubliez tout ça…
20 Mar 2009 @ 20:16
France
Woooo…`¸Ca se peut pour vrai ça?
Mon mari est agent d’immeuble et il dit que (si l’offre d’achat a été faite dans les règles de l’art: c’est à dire avec l’aide d’un agent qui t’as fait remplir des papiers qui te protègent…) vous allez gagner à 100%+dommages.
Une promesse d’achat signée c’est un engagement légal, du béton, avocat ou pas avocat, il est obligé de la respecter. Sinon, si c’est selon un engagement signé et moral…Ce sera au juge de trancher. Mais vous avez quand même beaucoup de chances!
On a eu affaire dans le passé à un «avocat verreux» qui abusait de son pouvoir pour ses fins, au détriment du respect fondamental de ceux qu’il engageait.
Nous aussi on s’est battus, on a tenu tête, et on a gagné! C’est pénible sur le coup, mais ça fait partie de mes plus grandes fiertés maintenant. Se tenir debout et défendre la vérité, essentiel dans une vie!
Ça vaut la peine, lâchez-pas!
Ondes positives et «guerrières» de Ste-Agathe PQ
France
25 Mar 2009 @ 18:55
Dom
C’est hallucinant de lire des trucs pareils !! J’aurais réagi comme vous, je déteste l’injustice, et devient facilement hargneuse quand on essaye de m’arnaquer.
Et y a pas un conseil de l’ordre ? comme pour les médecins ? enfin, je dis cela, mais je n’y connais strictement rien.
Bon courage à vous en tout cas.
et lâchez pas !!
06 Apr 2009 @ 10:20
Raton
C’est ce qu’on appelle une salope de déception. Comme prendre le train et dérailler en sortant de la gare: on peut reprendre la route. Difficilement, mais c’est possible.
Si levée de fonds il y a, j’y serai et tout le PR du monde sera déployé pour que ce soit une réussite.
07 Apr 2009 @ 08:03
Fairy-Bonbon
Je vous comprends de partir en guerre…La manipulation comme ca et se croire au dessus de tout ca me …….
Bonne chance avec tout ça et je bis les autres, on ferra une levée de fond!
07 Apr 2009 @ 13:37
Martyne Desmeules
Alors… petite mise à jour? Rien n’a bougé. Sinon… que l’avocat-propriétaire s’est pris lui-même un avocat.
De deux choses l’une: ou bien il a la trouille et sait qu’il devra se défendre ou alors il connaît la “faille” que notre troupeau d’avocats n’a pas vu, et il veut en mettre plein la vue.
Notre contrat est béton: aucune ligne qui dépasse, avec de petits caractères ou façon d’être coincés: c’était une contre-offre très très claire. Et les mots “sans condition” étaient bien écrits… par le proprio.
Normalement, nous devions nous rencontrer à la cour le 24 mars, mais M. le proprio a fait savoir qu’il n’y serait pas, et qu’il désirait jaser avec notre avocat. Alors nous avons respecté son désir. Depuis, plus rien. Sinon qu’il doit respecter les 180 jours prescrits pour régler le litige. Ce qui nous mène… au mois d’août. Le bonheur, quoi. Pffft. Il veut nous avoir à l’usure, je pense. On tient bon, jusqu’à aujourd’hui.
(Dom, jusqu’ici, on ne peut faire de plainte au Barreau puisque quoiqu’il soit avocat, ce n’est pas sa fonction qui vendait la maison, mais le bonhomme civil. Il connaît et sait les droits, mais il a signé en tant que civil.)
13 Apr 2009 @ 11:06
mc
Moi qui a un sens très élévé de ce qui juste et injuste, une histoire de même, ça me FRUSTE! Et ce ne m’est même pas arrivé perso!
Bonne chance en espérant que ça finisse bien pour vous autres et mal pour le trou duc avocat, dont je m’imagine très bien le style…
14 Apr 2009 @ 16:43
Alice
Envoyé:
Une bonne grosse dose de courage et de ténacité.
Ne lâchez pas !!
01 May 2009 @ 08:19
INTELLEX md › Patience et longueur de temps…
[...] les choses parfaitement, selon les normes, suivant à la lettre les recommandations d’usage. Quand le vendeur s’est dédit, quelques heures après nos célébrations, c’est le ciel qui nous tombait sur la tête. [...]
10 May 2009 @ 10:55
Patience et longueur de temps… | La vie avec mon père
[...] les choses parfaitement, selon les normes, suivant à la lettre les recommandations d’usage. Quand le vendeur s’est dédit, quelques heures après nos célébrations, c’est le ciel qui nous tombait sur la tête. [...]
19 May 2009 @ 23:09