La vie avec mon père Depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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    Après un peu plus d’un mois de cohabitation avec papa, notre famille peut maintenant effectuer son premier bilan : ça va bien. Nous allons bien. Il va bien.

    Sur notre mur, maintenant, il y a ceci… pour qu’on se souvienne. Ceux qui nous connaissent bien savent que nous avons dansé notre amour au son d’une mélodie parfaite, qui ramenait ces notes…

    ...pour qu'on se souvienne...

    ...pour qu'on se souvienne...

    Évidemment, les premiers ajustements étaient à faire. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’un père s’installe dans la même maison qu’un de ses enfants… Du coup, ça nous a fait réfléchir à tout ce que ça demande, de changer de “vie”, après un épisode de maladie. Tenez, juste pour être dans le ton: hier soir, nous étions tous autour de la table avec un agent d’assurance. Réfléchir, j’vous dis, réfléchir!

    Les intervenants de seconde ligne (la première ligne étant “nous”) ont offert un excellent support. Suffit de connaître ce qui existe autour de nous comme aide. Le CLSC a offert généreusement plusieurs trucs. D’abord, les sorties. On s’entend que la retraite forcée (diagnostiqué invalide, papa ne peut plus travailler – d’autant qu’on lui a retiré son permis de conduire, et qu’il était… camionneur!) – la retraite forcée, donc, amène son lot de temps libres; surtout si elle n’a été ni planifiée ni désirée. Alors pour combler certains creux, le CLSC offre des centres de jour. Papa a droit à une visite hebdomadaire, qu’il prend le mardi.

    Chaque mardi matin, il descend chez nous, café à la main, et vient attendre l’autobus avec moi sur la galerie d’en avant. On jase de peu de chose, mais on s’aime juste de même. Quand son bus arrive, il dépose son café, me souhaite bonne journée et se rend lentement sur le trottoir. Évidemment, chaque fois, je ne peux m’empêcher de réagir comme avec les enfants, une première journée d’école et de me lever en souriant, presque anxieuse en souhaitant qu’il revienne sain et sauf!

    Ensuite, le centre de réadaptation InterVal de Trois-Rivières se charge des détails liés à son installation et aux besoins en rééducation. Des trucs pour sa mémoire, par exemple (papa porte au poignet une montre spéciale qui lui indique, de façon sonore, l’heure et la journée et, au besoin, les “événements” liés à ces heures.) Ou encore, tout récemment, une ergothérapeute qui vient ici une fois la semaine et l’emmène faire une marche dans le quartier. Pour qu’il s’y habitue. Pour qu’il puisse se retrouver, éventuellement, quand il se sentira prêt à se passer d’elle!

    Nous bénéficions également d’une gentille dame “préposée à l’hygiène” du centre d’action bénévole. Elle passe ici le vendredi et s’assure que papa prenne une douche, qu’il change de vêtements, qu’il soit en bonne santé… et lui fait la jasette au passage.

    Finalement, le corps médical est toujours disponible. C’est franchement une surprise pour nous! Avec toutes les plaintes sur le système de santé et le reste, ça nous a bien fait sourire d’entendre son médecin traitant nous proposer son aide et des visites à domicile, au besoin. Puis la pharmacie, qui règle bien des soucis en préparant à l’avance les centaines de pilules à lui faire ingurgiter. Nous allons chercher la  prescription – ou nous la faisons livrer ici.

    Puis les voisins. Ces chers voisins qui s’offrent, généreusement, comme ça, si jamais on a besoin… Et la famille proche, toujours là. Ma soeur qui prend quelques soirées par-ci, par-là, pour nous donner un peu de répit. Mon frère et sa blonde qui viennent dormir ici un weekend de temps à autre pour que nous puissions sortir de la maison quand on n’en peut plus de nos murs.

    Il y a aussi un intervenant qui, sans le savoir, nous rend un très grand service. Oncle Lucien. Un bon ami de papa, du temps où il était “comme avant”. Lucien et papa, ça a toujours été deux joyeux lurons. Depuis son ACV, disons que papa a perdu pas mal tous ses amis, qu’il reçoit peut de visiteurs, aussi peu de téléphone pour s’enquérir de sa santé ou juste pour casser la routine et jaser un peu. Sauf pour Lucien. Cet inspecteur de la SQ, retraité depuis, est toujours là. Fidèle. Deux fois par semaine, il téléphone. C’est souvent bref. Souvent futile. Mais toujours bienvenu. Et il fait sourire mon papa. Lui redonne un semblant de vie sociale. Lui montre qu’il n’est pas seul, au fond. Lucien est l’un des meilleurs thérapeutes que nous ayons. Et il est… bénévole!

    Et papa! Papa qui n’est pas difficile. Papa qui vit sa petite vie, son train-train, qui se la coule douce, sans le savoir! Papa qui nous fait rire quand il doit s’habituer à des gestes inconnus. Papa qui nous décourage quand il descend ici, pratiquement chaque jour, en me demandant si j’ai payée la facture du câble. (Évidemment, il a pesé sur n’importe quoi sur sa télécommande et, du coup, se ramasse avec une émission poche pleine de neige – ou un grand carré noir.) Nous répondons que les factures sont payés, et Patrick et moi nous montons chacun notre tour pour ajuster la télé de papa. Aussi simple que ça.

    Nous découvrons quels légumes il n’aime pas. Ceux qu’il préfère. Quels plats il aime. Quelles heures lui conviennent pour sortir, pour parler, pour être seul.

    Nous découvrons, quoi. Nous aimons, surtout. Mine de rien, ça prend un bonne dose d’amour envers quelqu’un pour partager comme ça son quotidien, tout le temps. Pour ne pas se sentir envahis. Pour ne pas lui en vouloir d’être là.

    Au bilan final, donc: c’est presque du gâteau pour le moment. Nous vivons avec beaucoup d’amour. Autant mon époux que moi avons souvent les bras grands ouverts, et papa nous le rend bien. Nous ne parlons jamais de notre situation particulière. Nous sous-entendons, par les yeux, qu’il ne nous doit rien. Que nous ne lui demandons rien. Et il répond par ses sourires. Ses rires. Ses blagues. Sa vie.

    Il répond par sa vie. Et ça, c’est la cerise sur le gâteau.

    Ça et vivre toute cette aventure avec mon époux qui est, vous vous en douterez, l’homme le plus généreux que la terre ait porté. Celui qui rarement dit non. Il proteste, parfois, il s’interroge, souvent. Puis il me regarde. Me connait. M’écoute. M’entend. Puis sourit.

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    Texte protégé: Martyne Desmeules, l’Intellexuelle. La vie avec mon père, 2009.

    6 commentaires Abonnement aux commentaires


    1. sylvie

      quel beau duo,que vous êtes toi et pat!!!j’espere que la vie va se charger de vous remercier de tout les bienfaits que vous donnez à bernard.vous êtes vraiment super et que je suis fière de faire partie de votre famille.gros bisous à vous deux et gros calins à bernard xxxsylly

      06 Aug 2009 @ 08:43


    2. Elyane

      Wow…

      06 Aug 2009 @ 08:58


    3. Mandoline

      ”IL répond par sa vie” et ” ne pas lui en vouloir d’être là”… rien que pour ca…

      …enfin, rien…

      Chaque petit mot, chaque attention, chaque petit détail qui font que tu as le coeur à la bonne place et qu’il semble doux et bon de vivre chez vous…

      Merci de faire parti de ma vie :) xx

      06 Aug 2009 @ 09:22


    4. Pierre-Yves

      Très belle note, pleine de vérité et de profondeur.

      12 Aug 2009 @ 20:51


    5. Martyne

      V’z'êtes gentils. Et encourageants. Et généreux de laisser des traces de ce que vous ressentez en lisant. J’apprécie. Ça aide de vous relire quand les montagnes russes plongent vers le vide!

      04 Sep 2009 @ 13:45


    6. Annie

      Comme toujours tu sais trouvé les bons mots…Cela fait du bien de te lire car on voit quel beau couple vous faites toi et Pat, qui plus est c’est encourageant de voir l’évolution avec ton papa que tu as la chance d’avoir encor….bisous xxx

      08 Sep 2009 @ 17:02


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    'Tout ce qu'on écrit est un testament, car c'est la dernière fois qu'on l'écrit...' -Gilles Vigneault
    Papa, on est là!