Voir notre père dans le coma, sur un lit d’hôpital, avec des tuyaux partout dans le corps et une face de carême ne semble pas avoir suffit à notre attitude prévenante. On dirait juste que le temps passe, et qu’on oubli certaines… précautions?
Au lendemain du déménagement, ici, c’était le bordel. Comprenez bien qu’avec une maison à vider complètement pour en aménager une autre, des boites, il y en avait. À la centaine. Des petites, des grosses, des neuves, des maganées. Un dégât de boites, partout, tout autour.
Notre plaisir suprême, ce dimanche post-déménagement, consistait à jouir pratiquement à chaque boite vidée. ‘Et une de moins’, qu’on lançait bien fort, accompagné d’un cri guttural de guerrier. Au final, une cinquantaine de boites vides, ça prend pas mal d’espace. Nous avions donc une méthode de travail efficace et pro-environnementale. Les boites encore ‘bonnes’ allaient dans un coin de la maison (défaites et repliées) pour donner à d’autres déménageurs. Les boites inutilisables se rendaient dans un autre coin, près de la porte extérieure, et attendaient d’être déportées vers un site de récupération. Les boites souillées, tachées, dégossées, elles, allaient directement aux poubelles.
La pile ‘poubelle’ étant relativement élevée, mon très cher époux pris l’initiative de remédier à la situation et, du coup, d’étrenner son nouveau foyer extérieur.
C’est donc vers 18h00, ce dimanche-là, que nous passions à deux cheveux de retuer papa.

À travers les différentes piles de boites possibles, il est fort probable d’imaginer quelques erreurs dans les sélections. Par exemple, une boite toute défaite, ‘pu bonne’ pouvait se ramasser dans la sélection des boites à récupérer. Une boite pleine de déchets et de matières inflammables pourrait – oh que oui – sans le vouloir – évidemment – se ramasser… dans la pile des boites à brûler. Juste de même, sans le vouloir.
Nous sommes à l’extérieur, mon époux, papa, mon frère et moi. Hervé (mon frère) et moi nous amusons avec les chiens. Court d’un bord, court de l’autre. Lance la baballe. Recommence. Au même moment, mon père, un gars d’bois, qui adore humer les cendres d’un bon feu de foyer, s’approche, tout sourire, vers l’âtre extérieur. Il veut aider : il a, en main, une petite branche pour ‘brasser’ les éléments au feu.
Comme il s’avance vers les flammes, Hervé et moi, on lance la balle au chien.
Comme il s’avance vers les flammes, Patrick, mon très cher époux, s’en retourne vaquer ailleurs.
Drette là, ça a fait WOOOOOCH et puis ça a fait BANNNNNG et puis ça a fait PFFFTTTTTTTtttt. Et pok.
Évidemment, par réflexe, Hervé et moi on s’est tournés vers le feu. Puis vers papa qui était à quelques centimètres de là. Puis vers le feu. Puis vers papa.
En une demi-seconde, vous dire tout ce à quoi nous avons pensé relèverait de l’exploit. D’abord: il est vivant. Ouf. Ensuite: mais qu’est-ce qui s’est passé. Puis: analysons, ce doit être le feu, quelque chose dans le feu. Finalement: mais le visage de papa est si blême, et il fait la moue, mais… mais c’est une grimace? Un élan de surprise, plutôt? Oui, on dirait qu’il est surpris… mais apeuré? Est-il apeuré, en fait, ou juste content d’être en vie? Non. Définitivement, la peur se lit sur son visage; ses traits sont extrêmement tirés, ses yeux très très grands et arrondis, sa bouche ne ferme plus. Ouais, c’est la peur à l’état brut, ça.

Reconstitution - papa a peur
Quelques millisecondes, je vous dis, à penser tout ça. Parce que… en réalité… Hervé et moi, dès qu’on a compris (et rapidement, hein) ce qui s’était passé, dès qu’on a vu que papa était hors de danger, dès qu’on a regardé de trop près à la face qu’il faisait, on s’est mis à rire. À rire, à rire, mes amis, c’était pas chrétien. Rire comme des malades, des fous à enfermer, rire à en avoir mal aux côtes. Rire longtemps.
Assez longtemps, en fait, sans pouvoir s’arrêter, qu’un moment donné, papa, encore éberlué par la déflagration qui a failli le tuer, nous a regardé, en rajoutant quelques sourires à sa question: ‘mais, mais, j’ai failli crever, moi?’. Et c’était reparti de plus belle. Nous étions maintenant trois à rire comme des fous, incluant papa. Puis Patrick, qui revient vers nous au pas de course, et tous ces autres qui étaient dans la maison – et qui forcément ont entendu l’explosion – se garochent vers nous. Enfants indignes en train de pleurer de rire parce que leur père est en vie.
Bref, cette journée-là, nous avons remercié le ciel que papa soit ’slow motion’ parfois. Qu’il soit lent à marcher. Autrement, ça y était, il recevait une cannette d’aérosol explosée, en pleine tronche.
Parce que oui, c’était bien une cannette d’aérosol. Après ‘l’accident’, en y repensant bien, je me suis souvenue que dans l’après-midi, j’avais trouvé un puishe-puishe pour arroser les plantes; le genre de cacanne qui fait briller les feuilles. J’en ai vaporisé toutes les plantes de la maison, puis ai garochée la cannette dans le tas ‘vidanges’. Sauf que Patrick, lui, ne savait pas que dans la pile de carton à jeter, il y avait une ‘bombe’ aérosol.
Nous avons tous bien dormi, ce soir-là. Rire de même, que voulez-vous, ça détend. Même papa a bien dormi… enfin, je crois…
Depuis, les feux extérieurs sont vachement contrôlés. Rien n’y entre qui ne soit préalablement approuvé par le département ’sécurité incendie/Martyne’. On ne sait jamais! Papa est souvent très près… Et croyez-le ou non, il s’en souvient. Y’a des évènements, que voulez-vous, qui marquent plus que d’autres!
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Marcel
de la que provient le nom : BOMBE aérosol
24 Jul 2009 @ 23:47
Martyne
Ouain… j’aurais préféré apprendre ça autrement Marcel!!
04 Sep 2009 @ 13:45
Francois
Toute qu’une histoire. Tout est bien qui fini bien pour reprendre l’adage!Même avec un foyer sécuritaire, tout dépend de ce qu’on y met!Au moins c’est un bon dénouement tout ca.
05 Apr 2010 @ 22:12