La vie avec mon père depuis juin 2009, papa s'est joint à nous!Directement de Nicolet (QC)
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Fugue en majeur…

“Sais-tu quelle heure il est, papa?” Il regarde sa montre. “9h05, pourquoi?”. “Sais-tu où tu vas, là?”. Il me regarde comme si je sortais d’une planète étrange. “Au centre de jour, voyons. Pourquoi?”. “Bin, parce qu’on te cherche depuis 1 heure, papa, parce que tu ne pars jamais, comme ça, sans prévenir, parce que…”. Puis il répond, un peu gêné: “J’avais le goût de prendre un café, bon.”

Le concept de liberté

En résumé, ces jours-ci, c’est du concept de liberté même que je m’abreuve. Pour tenter de passer à travers les derniers jours de l’hiver. Il sortira ensuite de son hibernation, pourra ouvrir les fenêtres, sortir, prendre des couleurs… et, qui sait, l’organisme qui s’occupe de l’aide domestique trouvera peut-être quelqu’un à nous envoyer pour nettoyer chez papa!

Se divertir du désespoir…

Toute la soirée, il s’est promené, revue en main, devant les deux murs tapissés, pour chercher le foutu chameau. Avance la chaise, grimpe dessus, insiste, pointe un petit chien sur un bateau, crie de joie quand il pense enfin l’avoir trouvé, met ses lunettes et déchante…

La vie avec mon père: bilan du premier semestre

Patrick, les enfants et moi, nous demeurons persuadés que le milieu familial est ce qu’il y a de mieux pour papa, en ce moment. Malgré les embuches, malgré les tempêtes, malgré ce que cela demande comme investissement. Mais nous nous posons tous la même question…

Le premier rôle…

Parfois, je me dis que si j’étais dans sa situation, il serait fort possible que mon cerveau décide de me donner un peu de challenge pour agrémenter mes journées. De me jouer des tours pour me mettre au défi de compléter le casse-tête de la folie-sans-folie. De me pousser à raisonner autrement. De me créer des mondes dans lesquels, de temps à autres, je tiens la vedette… comme pour maîtriser un peu, juste un peu, ma vie.

Le Testament

Cette semaine, papa vient me voir en bas avec les yeux pleins d’eau, la voix tremblotante et les mains moites. “Matoue, quand tu auras deux minutes, peux-tu venir me voir en haut, avec un papier et un stylo?”

7 secondes pour 7 minutes

Être conscient de ce qui a été et n’est plus. Ce doit être atrocement souffrant. Nous le comprenons parfaitement. Est-ce égoïste de notre part de ne pas vouloir lâcher? Est-ce égoïste de lui dire et redire notre amour, notre appui, notre besoin de lui, alors que tout ce qu’il espère, c’est que le Bon Dieu l’écoute un peu et vienne le chercher pour qu’il n’ait plus à se lever, de matin en matin, diminué, invalide, sans permis de conduire, sans travail, sans passion, sans femme?

Je suis un pléonasme…

De tout ce que papa a perdu depuis l’ACV, il n’a certes pas perdu le sens de l’humour! Nous savions papa capable d’être une foule de chose. Mais être une figure de style, ce n’était jamais encore passé à l’esprit de quelqu’un…

Il y a de la fumée sans feu!

Ce qui devait arriver arriva – dans le rang le plus perdu de Nicolet, une voiture de police passait justement. Après avoir vu un pick-up bleu rouler en trombe, puis une mini fourgonnette rouler tout aussi vite, arrivé à la Saturn rouge du frère, la policière s’est dit “wo les moteurs”. Et c’est mon frère qui s’est fait suivre…

De la motivation…

Assez motivée, en tout cas, pour passer à travers les jugements de son ancienne logeuse qui ne se gêne pas pour dire que notre décision était insensée. Assez motivée pour passer outre les commentaires de ceux qui jugent que nous “sacrifions” notre vie pour quelqu’un qui “ne s’en souviendra pas”. Assez motivée pour croire que notre décision a aidé à rallumer les étoiles dans les yeux de mon vieux! Assez motivée pour que le mot “aidante” soit “naturel”.

Blanchissage 101

N’appelez pas la DPJ des ACV là, personne n’a souffert. Nos estomacs se portent bien (après les premiers haut-le-coeur, tout est rentré dans l’ordre). Mais on a maintenant l’expérience du métier.

Tertullien, De Beauvoir et moi

Tertullien a dit “On ne naît pas chrétien, on le devient.” Simone De Beauvoir a dit à son tour qu’on “ne naît pas femme, on le devient.”

Moi, aujourd’hui, je peux dire qu’on naît fille de quelqu’un. Mais j’ajoute qu’on “ne naît pas aidant naturel, on le devient.”


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'Tout ce qu'on écrit est un testament, car c'est la dernière fois qu'on l'écrit...' -Gilles Vigneault
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